crise ukrainienne

La Suisse prise en étau entre les sanctions occidentales et ses affaires avec la Russie

A Genève, on parle d’un afflux des petites fortunes russes. UBS et Credit Suisse ne prendront pas le relais dans les prêts aux banques d’Etat. Le négoce pétrolier n’est pas encore visé

La Suisse prise en étau entre les sanctions occidentales et ses affaires avec la Russie

Guerre économique A Genève, on parle d’un afflux des petites fortunes russes

UBS et Credit Suisse ne prendront pas le relais dans les prêts aux banques d’Etat

Le négoce pétrolier n’est pas encore visé

Le secteur financier apparaît au centre de la nouvelle salve de sanctions de l’Union européenne à l’encontre de la Russie. Décidée la semaine dernière, celle-ci doit être actée «au cours d’une procédure écrite s’achevant le 31 juillet», a indiqué le Conseil européen. Des sanctions qui, par la bande, secoueront la place helvétique. Même si la Suisse a répété ne pas vouloir s’associer à ces mesures depuis le début de la crise en Ukraine.

Berne a cependant indiqué vouloir prendre les dispositions nécessaires afin que le territoire suisse ne soit pas utilisé pour contourner ces sanctions. Concrètement, «cela signifie, par exemple, que les banques ne peuvent pas accepter comme nouveaux clients des personnes visées par l’embargo», explique Gagik Sargsyan, responsable de Polixis, bureau genevois d’analyse des risques politiques dans l’ex-URSS. Selon Eric Hoesli, journaliste et spécialiste de la Russie, cette position instable de Berne s’explique par son rôle à la tête de l’OSCE. Aux yeux de la Russie, ce médiateur occidental de la crise ukrainienne, en dépit de sa neutralité, «ne peut en réalité déplaire à l’Union européenne, en raison de ses propres intérêts – notamment économique». Ainsi, la Suisse «ne peut pas se permettre de jouer les resquilleurs face aux sanctions en continuant d’accroître ses activités avec la Russie», ajoute Eric Hoesli.

Depuis une semaine, plusieurs sources au sein des banques genevoises relèvent que la clientèle russe afflue. Plus que des oligarques, ce sont des particuliers fortunés mettant 1 ou 2 millions à l’abri. «Ils craignent de se trouver piégés dans une escalade débouchant sur une situation à l’iranienne ou par un retour du contrôle des changes», témoigne un chargé de clientèle russe, disant être «sous l’eau».

La première sanction financière de Bruxelles – la fermeture de l’accès des banques d’Etat russes aux emprunts ou aux émissions d’actions en Europe – concerne bien moins la place financière suisse que la City. Pourtant, au sein d’UBS comme de Credit Suisse, on rappelait hier les «règles internes très strictes en vigueur en matière de suivi et d’applications des sanctions internationales». Décodage: ces multinationales se gardent de récupérer ces activités interdites à leurs homologues européennes.

Les sanctions agitent également la scène genevoise du négoce d’hydrocarbures et de céréales. Washington a décidé il y a une semaine de couper Rosneft, le bras pétrolier du Kremlin, des financements à moins de trois mois en dollars. Or ce dernier dispose ici d’une antenne de commercialisation, comme Lukoil mais aussi tous les grands céréaliers russes.

«Attendons les interprétations juridiques des dernières sanctions américaines – le but dans le financement du négoce a toujours été de séparer juridiquement la responsabilité de la cargaison de celle de la société la fournissant», tempère Gagik Sargsyan. Selon ce dernier, pour asphyxier le négoce il faudra des sanctions sectorielles visant, par exemple, les hydrocarbures. On en est loin, l’Europe se gardant de toucher à l’énergie. Avocat spécialisé dans le secteur, Dimitri Lavrov décèle «une vraie volonté des Etats-Unis, agissant de concert avec l’Union européenne et profitant de l’arrangisme de la Suisse, de faire sortir les acteurs du négoce genevois du commerce de matières premières avec la Russie». Les amendes ayant frappé BNP Paribas ont montré ce qu’il en coûtait de flirter avec les sanctions de Washington. «Toutes les banques de Genève qui finançaient ce commerce deviennent frileuses vis-à-vis des sociétés russes ou ukrainiennes», estime Dimitri Lavrov.

Cette escalade menace, de manière plus diffuse, les liens de la Russie avec la région lémanique. «On entre dans un cycle de méfiance et d’hostilité croissante», souffle Eric Hoesli. Déjà, Gagik Sargsyan évoque la consigne de ne pas prendre ses vacances en Europe circulant au sein du personnel militaire russe.

«Ces Russes aisés craignent de se trouver piégés par un retour éventuel du contrôle des changes»

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