Environ 270 millions d'accidents de travail et 160 millions de maladies professionnelles sont enregistrés chaque année de par le monde. Quelque 5000 travailleurs en meurent chaque jour, soit deux millions par année. En Suisse, 189 personnes sont mortes en 2004 sur leur place de travail, dont 89 décès dus à des substances dangereuses. En Europe, entre 50 et 60% de l'absentéisme maladie chez les employés sont liés au stress professionnel.

Face à cette réalité, le Bureau international du travail (BIT) refuse de rester les bras croisés. Beaucoup de recommandations, codes et directives portant sur les conditions de travail existent déjà. Mais il veut aller plus loin. Une consultation en vue d'une convention internationale sur la sécurité et la santé au travail a été lancée en 2003. Et l'assemblée annuelle du BIT, qui a commencé ses travaux ce mercredi, devrait adopter le projet ces prochains jours. L'idée est d'inculquer une culture de la sécurité sur le lieu du travail par la prévention. Cela serait bénéfique non seulement aux employés, mais aussi aux employeurs. Les accidents, les maladies coûtent des milliards chaque année aux entreprises et aux assurances. La convention obligerait les pays signataires à prendre des mesures pour réduire les risques d'accidents et de maladies au travail.

La Suisse ne veut pas d'une telle convention. «Sur le fond, nous sommes d'accord pour créer un environnement qui élimine les risques d'accidents et de maladies, déclare l'ambassadeur Jean-Jacques Elmiger, qui fait partie de la délégation suisse à la conférence du BIT. Mais il y a d'autres moyens (directives, campagnes d'information) pour atteindre les mêmes objectifs.» Selon lui, le BIT dispose déjà de nombreux instruments préventifs qui ne sont pas appliqués par les Etats.

L'ambassadeur Elmiger reconnaît que la position suisse est très minoritaire. Mais il ne désespère pas. «Plusieurs pays européens partagent notre point de vue et ne voteraient pas une convention contraignante», dit-il.

«Nous avons déjà de bonnes lois», renchérit Paul Madelaine, expert en la matière au Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco). Il souligne que le nombre d'accidents et de maladies professionnels est en baisse dans le pays. Par ailleurs, il fait remarquer que de nouvelles mesures nécessiteront des nouveaux investissements par les entreprises.

Le patronat suisse se félicite de la position ferme de Berne. Selon lui, la diffusion d'un simple recueil de bonnes pratiques ou d'une déclaration du type promotionnel serait l'approche la plus pragmatique pour contribuer à l'amélioration de la sécurité et de la santé au travail.

«Nous sommes désolés de la position de la Suisse, qui fait preuve d'immobilisme», déclare pour sa part Jean-Claude Prince, secrétaire central de l'Union syndicale suisse (USS) et membre suppléant à la direction du BIT. Selon lui, les autorités ne veulent pas de nouvelles obligations internationales qui pèseraient sur les entreprises suisses.