«Le Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco) et la Direction générale pour l'emploi et les affaires sociales de l'Union européenne ont confirmé l'été dernier leur principe de collaboration. Les emplois vacants en Suisse sont désormais publiés sur le portail Eures», explique Johan ten Gueuzendam, directeur du service de l'emploi de l'Union européenne (UE), devant un parterre de près de 200 personnes.

La scène a un côté surréaliste. Elle se déroulait mercredi matin dans un lieu mythique: la salle de spectacles de l'Hôtel National, au centre de Berne. L'endroit même où, il y a quelques années, Christoph Blocher, alors président de l'Association pour une Suisse indépendante et neutre, haranguait ses membres en diabolisant l'Union européenne. Hier, dans cette même salle pavoisée de drapeaux européens, plusieurs collaborateurs du conseiller fédéral Christoph Blocher, cadres de l'Office fédéral de l'immigration (IMES), ont participé à la manifestation destinée à vanter les mérites de la libre circulation des personnes.

Suisses et Européens à pied d'égalité

«Le 1er juin 2004, nous sommes entrés dans une nouvelle phase transitoire, rappelle Jean-Luc Nordmann, chef de la direction du travail au Seco. Les Suisses sont traités comme les ressortissants de l'UE sur le marché du travail. Un employeur européen peut engager immédiatement un ressortissant suisse sans devoir entamer une procédure d'autorisation.» Prendre l'air du large paraît désormais facile, à partir de quelques clics de souris. «Aujourd'hui 71 760 vacances d'emploi vous attendent» indique, sur son site internet, Eures, l'agence européenne des services publics de l'emploi, à laquelle est désormais reliée la Suisse. Six cents conseillers en emploi, dont neuf Suisses, font partie de ce réseau qui facilite la mobilité professionnelle, tout en «équilibrant l'offre et la demande d'emplois».

Les employeurs suisses ont vite compris les avantages à tirer de cette bourse européenne en ligne. Une recherche par pays sur le site indique que 399 emplois sont offerts, qui vont d'un chef de clinique en rhumatologie à La Chaux-de-Fonds à un coiffeur à Grindelwald, en passant par un pizzaïolo dans les Grisons, ou un administrateur de banque de données à Genève.

Quel sera le sens du plus fort flux migratoire: Suisse-Europe ou Europe-Suisse? Jean-Luc Nordmann rassure en rappelant que «la libre circulation des personnes en Europe n'a jamais donné lieu à des mouvements migratoires importants entre les Etats à bas niveau de salaire et les Etats à haut niveau de salaire».

Inquiétudes syndicales

Le faible taux de chômage en Suisse, en comparaison européenne, peut cependant constituer un facteur d'attractivité. «La Suisse bénéficie d'un taux d'occupation de 79%, meilleur que celui de l'UE situé à 63%», note Johan ten Gueuzendam. Serge Gaillard, économiste de l'Union syndicale suisse, ne cache pas de sérieuses réserves sur les effets positifs de la libre circulation des personnes en Suisse. «Nous ne connaissons pas, ici, le système du salaire minimum. De plus, le taux de ralliement des travailleurs à une convention collective est de 30%, contre 60 à 80% à l'étranger», souligne le syndicaliste qui souhaite cependant une forte utilisation du réseau Eures dans le cadre de programmes de formation professionnelle.

Le Seco dispose d'un budget annuel de 3 à 4 millions de francs pour participer à Eures, notamment pour l'octroi d'aide directe à la recherche d'emploi. Rachel Rohner, 43 ans, Bâloise, a ainsi obtenu un soutien financier de 10 200 francs pour décrocher un emploi à Londres, après avoir obtenu un master en géographie humaine.