Faire appel à une multinationale de l’informatique pour gérer ses données? Ou ne pas y faire appel? Telle a été la question, mercredi soir, au Forum des 100 organisé par «L’Hebdo» à Neuchâtel.

A l’heure où l’industrie se demande comment entrer dans la quatrième révolution industrielle, cette question est surtout celle qui a le plus divisé les intervenants. Pour Daniel Borel, le fondateur de Logitech, pas de doute: la Silicon Valley a des atouts que la Suisse n’a pas, une avance que le pays ne pourra pas rattraper. «On ne peut pas être bon partout. En Suisse, le niveau d’ingénierie est excellent, mais le marché est à San Francisco.» Son conseil: savoir rester concentré sur ses points forts. Autrement présenté, le marché du Big Data est ailleurs, et il y restera.

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Martin Kathriner, de Samsung, confirme: «Les PME doivent identifier où se situe leur chaîne de valeur puis se demander avec qui elles doivent collaborer.» Il assène aussi: «Le Big Data génère davantage de profits.»

«Il y a urgence»

Mais pour qui? Pour Samsung ou pour les PME? Selon Martin Vetterli, c’est bien là que se situe le problème. Président du conseil de la recherche du Fonds national suisse et futur président de l’EPFL, il avertit: gare aux plateformes multinationales aux moyens illimités. Selon lui, les entreprises suisses devraient éviter de s’associer systématiquement avec les Google, Microsoft et autres acteur dominants d’Internet pour gérer leurs données. «Ils disent qu’ils veulent vous aider, mais ils prennent la substance de vos données, c’est-à-dire la partie la plus rentable qu’il y a à en tirer», prévient-il.

Martin Vetterli se dit convaincu que la Suisse peut évoluer. «Il y a une prise de conscience. Les initiatives dans le numérique comme Digital Switzerland, ou les efforts des EPF dans le Big Data, sont des signes positifs. Mais il y a urgence!»

Le créneau de la santé

Les deux Neuchâtelois d’origine se retrouvent quand même sur deux points au moins: Daniel Borel se désespère – Martin Vetterli se moque – de la lenteur des autorités fédérales à réaliser l’importance du virage qui doit être amorcé.

Tous deux sont également d’accord pour affirmer que dans le monde numérique de demain, la Suisse peut et doit devenir leader dans la biotech, la medtech, la santé personnalisée ou, plus généralement, dans les sciences de la vie. Un secteur dont le rythme de développement, plus lent, correspond davantage à l’ADN helvétique. Se réinventer oui, mais sans se renier.