Ils ne sont plus que 128 000. Le nombre de personnes inscrites auprès des offices régionaux de placement (ORP) a encore diminué de 3542, entre juin et juillet dernier. Et de plus de 20 000, par rapport à juillet 2020.

A fin juillet, le chômage s’est inscrit à 2,8% en Suisse, selon les chiffres publiés lundi par le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco). Un taux inchangé par rapport à juin, après une cinquième baisse consécutive depuis le début d’une année 2021 marquée par la reprise post-covid.

De 3,5% fin décembre à 2,8% fin juillet; aussi rapide soit la baisse du chômage, George Sheldon est loin de penser que la Suisse a retrouvé le plein-emploi, ce taux de chômage considéré comme incompressible. «Si la situation continue de s’améliorer, le chômage pourrait baisser jusqu’à 2,4%», lance le directeur du centre de recherche sur l’emploi et l’industrie à l’Université de Bâle. Une prévision bien plus optimiste que celle du Seco qui, comme l’institut Bak, prévoit un taux de 3,1% pour 2021.

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Mais tous les secteurs ne connaîtront pas la même amélioration, tempère le professeur d’économie. Référence au tourisme, à la gastronomie ou aux loisirs. «Contrairement aux produits, les services ne peuvent pas être stockés», rappelle-t-il. Autrement dit, ce qui n’a pas pu être consommé l’an dernier ne le sera plus. A l’inverse, le rattrapage a et aura lieu dans l’industrie, le bâtiment ou les biens de consommation. Cette différence fondamentale se répercutera et s’observera dans la reprise du marché du travail. Deux exemples pour illustrer cette hétérogénéité déjà d’actualité: dans l’hôtellerie-restauration, le chômage demeure à 5,9%. Dans la fabrication de machines, il a atteint 2,6%.

Pas de bombe à retardement

Du côté du chômage partiel, la pente est également descendante. Les chiffres du Seco (pour le mois de mai) montrent que les réductions de l’horaire de travail (RHT) ont encore touché 257 467 personnes, en baisse de 15% par rapport à avril. Un quart de million d’actifs au bénéfice d’un régime spécial, cela pourrait ressembler à une bombe à retardement. Mais George Sheldon ne s’attend pas à ce que la fin de l’octroi facilité aux RHT et de ses procédures allégées, prévue cet automne, crée brutalement des chômeurs supplémentaires. «On l’observe un peu partout, les entreprises sont en train de recruter. Elles ont besoin de personnel et vont donc garder ces employés. Il y aura peut-être quelques faillites, donc des pertes d’emplois, mais ce sera marginal.»

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George Sheldon tient aussi à s’attarder sur un autre chiffre publié lundi et qui pourrait paraître préoccupant: la part des chômeurs de longue durée – inscrits depuis plus d’un an. C’est désormais le cas pour 26,5% des chômeurs. Une proportion inédite, loin de la moyenne historique de 15%, et qui n’avait pas été observée depuis les années 1990. «Cela pourrait laisser penser que, comme dans d’autres pays, un chômage chronique va s’installer en Suisse.» Mais il rassure: cette situation est liée au fait que de nombreuses personnes ont perdu leur emploi au printemps 2020, en pleine paralysie économique, et qu’elles sont venues s’ajouter à celles qui n’en ont toujours pas retrouvé. «C’est un effet temporaire, il ne faut pas s’en inquiéter. Ce taux va redescendre à partir du mois de décembre», prévoit George Sheldon.

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