Conjoncture

La Suisse a retrouvé son dynamisme économique

La dépréciation du franc, un marché mondial en bonne forme et le bas coût du crédit poussent la croissance suisse à la hausse. En 2018, elle grimpera à 2,3% contre 1% en 2017, selon le Secrétariat d’Etat à l’économie

Eric Scheidegger ne cache pas son optimisme. Chargé de la politique économique au sein du Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco), il affirme qu’après les deux années difficiles qui ont suivi l’abandon du taux fixe du franc vis-à-vis de l’euro, la Suisse va désormais mieux. Beaucoup mieux. En effet, selon les prévisions conjoncturelles du Seco, la croissance du produit intérieur brut (PIB) sera de 1,0% en 2017. Mais elle dépassera le double, à 2,3%, l’année prochaine, avant de baisser légèrement à 1,9% en 2019.

«Nous bénéficions d’une économie mondiale en bonne forme et d’un franc qui s’est déprécié de 5% depuis l’été dernier, explique Eric Scheidegger. Ces deux facteurs donnent une impulsion à nos exportations.» Tous les secteurs – industrie des machines, de l’électronique, des métaux ainsi que la chimie et la pharmaceutique – en profitent. Tous nos marchés d’exportation importants sont en croissance, mais la Suisse se tournera aussi vers la Chine. «Ce pays poursuit sa transformation de façon importante et son économie se stabilisera à un haut niveau – 6,4% en 2018 et 6,1% en 2019», relève-t-il.

Les touristes européens reviennent

«L’industrie du tourisme revit, poursuit le chef de la politique économique au Seco. Les Européens reviennent non seulement parce que le franc est plus faible mais aussi parce que leurs propres économies vont mieux.»

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La demande intérieure suisse continuera elle aussi à soutenir la croissance en 2018. Pour le Seco, la bonne conjoncture donnera un coup de fouet aux investissements en biens d’équipements. Les carnets de commandes sont bien remplis et les entreprises n’hésiteront pas à investir pour augmenter ou moderniser les capacités. «D’autant plus que les conditions de financement restent bonnes», affirme Eric Scheidegger. Le Seco est toutefois conscient que le taux d’intérêt historiquement bas peut conduire à un surendettement des entreprises ainsi que des ménages.

L’embellie conjoncturelle aura un impact sur l’emploi. A 3,2% en 2017, le taux de chômage devrait s’infléchir à 2,9% l’an prochain, puis à 2,8% en 2019. En la matière, la Suisse maintiendra sa première place au sein de l’OCDE, où la moyenne se situe à 7,5%.

Optimisme partagé

L’optimisme du Seco est partagé par d’autres instituts d’études conjoncturelles. La semaine dernière, la Banque nationale suisse a dit s’attendre à une hausse du PIB d’environ 2% en 2018. Le Centre de recherches conjoncturelles KOF de l’EPFZ table sur une croissance de 2,3% alors que BAK Economics mise sur 2,4%.

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«Nous abordons la nouvelle année avec un optimiste important qui est fondé sur une accélération généralisée de l’activité économique, commente pour sa part Valentin Bissat, économiste à la banque Mirabaud. L’indicateur d’optimisme de l’institut d’études conjoncturelles Ifo, basé à Munich, montre la même confiance qui prévaut en Allemagne. Dès lors, la Suisse en bénéficiera directement.» Il se dit toutefois surpris par la faiblesse de l’inflation qui, selon le Seco, sera de 0,3% pour l’année. «Pour notre part, nous prévoyons entre 0,8 et 1,0%, ce qui reflète notamment la dépréciation du franc», dit-il.

Mise en garde

Le Seco montre toutefois une certaine prudence, estimant que les risques qui pourraient faire dérailler les prévisions sont bien réels. Ils sont surtout internationaux, liés notamment à la Corée du Sud, aux conséquences du Brexit et à la politique commerciale américaine. Si ces risques devaient se matérialiser, le franc pourrait subir une nouvelle pression et reprendre son rôle historique de monnaie de refuge. Un renchérissement aurait un impact négatif direct sur les exportations.

Le Seco met aussi en garde contre un surendettement non seulement des entreprises mais aussi des ménages et des Etats qui seraient vulnérables en cas de hausse du taux d’intérêt. Eric Scheidegger exclut toutefois ce facteur à court terme. Selon lui, la BNS, qui suit la Banque centrale européenne, ne relèverait pas son taux directeur avant décembre 2018.

Pour Valentin Bissat de Mirabaud, il ne doit pas y avoir de déception l’an prochain. «Elle aurait un impact négatif sur le moral des consommateurs et par conséquent sur l’activité économique», prévient-il.

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