Qui dit échanges commerciaux, dit aussi transactions en devises. Alors que l’accord de libre-échange entre la Suisse et la Chine est sur le point d’aboutir, la question du rôle de la place financière suisse pour le négoce de la devise chinoise n’est toutefois apparue qu’en arrière-plan lors des récentes négociations. Dans une colonne publiée jeudi dans la NZZ , le premier ministre chinois Li Keqiang, qui se rend à Berne ce vendredi, n’a fait qu’indirectement allusion à cet aspect, en soulignant que la Chine veut approfondir sa collaboration et ses échanges avec la Suisse dans le secteur financier.

L’enjeu est de taille: car, si le renminbi, aussi appelé yuan, est encore contrôlé par le gouvernement chinois, beaucoup parient sur sa future convertibilité avec d’autres monnaies. L’automne dernier, aussi bien l’Association suisse des banquiers (ASB) que la Confédération affichaient leurs ambitions à ce sujet. «La Suisse possède des atouts significatifs pour devenir un centre financier majeur dans le traitement du renminbi», déclarait en septembre, Patrick Odier, le président de l’ASB. En décembre, la Confédération, dans son rapport sur la politique en matière de marchés financier, relevait que la «création d’une plateforme renminbi off­shore pourrait contribuer au renforcement de la compétitivité internationale de la place financière suisse». Le rapport chiffre même à «plusieurs centaines le potentiel d’emplois nouveaux» qui pourraient être créés grâce à cette activité de négoce.

La concurrence est vive à l’étranger: outre Hongkong, Londres et Singapour se sont déjà largement profilées pour le négoce offshore du renminbi, hors territoire chinois. Fin février, la Banque d’Angleterre avait annoncé qu’elle travaillait avec la Banque de Chine sur un accord d’échange réciproque de renminbi et de livre sterling. L’Allemagne veut aussi sa part du gâteau. Récemment, le ministre de l’Economie du Land de Hesse, Florian Rentsch, déclarait à Reuters vouloir faire de Francfort une «plaque tournante pour les transactions en renminbis».

Les choses évoluent graduellement en Suisse. «L’ASB prépare un papier consacré aux transactions en renminbis qui sera présenté d’ici trois ou quatre semaines», indique son porte-parole Thomas Sutter. Il ne s’agit pas d’une nouvelle stratégie mais plutôt d’un «document d’informations» destiné aux entreprises et investisseurs. Que manque-t-il à la Suisse pour se profiler dans ce domaine?

Selon l’ASB, la présence d’une banque chinoise en Suisse serait un atout. De plus, «il serait souhaitable que la Suisse soit reconnue comme une place de clearing pour le renminbi», ajoute le porte-parole. Ce qui soulève la question d’une collaboration plus étroite entre la Banque nationale suisse (BNS) et celle de Chine. Si la Suisse veut occuper une place de choix dans le négoce offshore de devises avec la Chine, un tel accord entre banques centrales serait indispensable. La BNS n’a pas souhaité s’exprimer sur cette question.

Actuellement, les deux grandes banques permettent déjà d’effectuer certaines transactions en renminbis. En janvier, UBS a ouvert une filiale de droit chinois qui lui permet de traiter des transactions dans la monnaie locale en Chine. Julius Baer propose aussi aux investisseurs des produits financiers libellés en devise chinoise, notamment des obligations.

«Un accord entre banques centrales serait indispensable pour que la Suisse parvienne à se profiler»