Le Temps: Les Etats-Unis, en crise, vont-ils suivre la pente japonaise?

Stéphane Garelli:Il y a plusieurs similitudes entre la situation actuelle des Etats-Unis et celle du Japon en 1989, mais les conséquences seront différentes, pour trois raisons. Contrairement à la banque centrale japonaise, d'abord passive face à la crise, la Réserve fédérale américaine a réagi par des mesures énergiques. Deuxièmement, l'économie américaine a toujours montré une forte capacité à rebondir. Enfin, il existe un va-et-vient constant des élites américaines entre l'économie privée et l'Etat. Cela permet à ce dernier de prendre des décisions rapidement, ce qu'on ne voit pas dans la culture plus bureaucratique du Japon.

- La Suisse progresse de deux rangs dans le classement 2008. Vu la lenteur de ses décisions pour moderniser ses infrastructures, va-t-elle conserver cette place?

- Je suis très frappé par les efforts massifs que consentent les pays émergents pour la santé, l'éducation ou les transports. Dubai ne serait pas où il en est s'il n'avait pas massivement investi dans son aéroport et Emirates. Quand on rentre à Genève, l'aéroport paraît moins bien loti que ceux de province chinois. Sans parler des déplacements sur l'Arc lémanique, où l'on ne voit pas se dessiner des décisions qui mettront encore dix ans à se concrétiser. Nous sommes en train de rater quelque chose que nous ne pouvons pas nous permettre de rater. Tout le monde prêche la mobilité, et pourtant nos sociétés se congestionnent de plus en plus. Ce n'est pas qu'une maladie suisse. On l'observe aussi aux Pays-Bas, à Londres.

- Comment y remédier? Par des partenariats public-privé?

- C'est une possibilité. Commençons déjà par un meilleur partenariat cantons-Confédération. J'ai toujours défendu l'autonomie des cantons, mais pour les transports, on n'ira nulle part sans un peu plus de centralisation.

- Il y a plus de 20 ans, vous étiez directeur du World Economic Forum, qui publie aujourd'hui un classement concurrent de celui de l'IMD. Pourquoi ne pas les réunir?

- Je suis tout à fait ouvert à une meilleure collaboration avec le WEF, d'autant plus que nous sommes proches, géographiquement et intellectuellement. Il y a néanmoins de grosses différences méthodologiques entre les deux classements. Le WEF se base à 80% sur des sondages d'opinion et à 20% sur des statistiques, alors que la proportion est presque inverse pour l'IMD. La fusion éventuelle des classements est une décision qui appartient aux directions des deux institutions.