Les prix reculent mois après mois en Suisse, ravivant les craintes d’une déflation qui décimerait les marges des entreprises, la consommation et les salaires. En juin, l’inflation s’est inscrite à -1% en rythme annuel, comme en mai, a indiqué vendredi l’Office fédéral de la statistique (OFS) dans un communiqué. Un tel phénomène – par son ampleur et par sa durée, puisque les prix reculent depuis maintenant quatre mois – n’avait plus été observé depuis la fin des années 1950.

«Nous courons clairement un danger de déflation, même si nous n’y sommes pas encore», reconnaît Bernard Lambert, économiste chez Pictet & Cie à Genève. A ses yeux, la situation reste sous contrôle, car le recul des prix s’explique jusqu’ici exclusivement par l’évolution des cours du pétrole. Ces derniers mois, l’or noir a d’ailleurs tendance à renchérir, ce qui s’est traduit par une progression de 0,2% de l’indice des prix à la consommation entre mai et juin. Mieux encore, l’inflation sous-jacente, expurgée de sa composante énergétique et alimentaire, est ressortie à 0,8% en juin.

«Selon notre scénario, qui part du principe que le creux conjoncturel sera atteint en fin d’année en Suisse, nous allons frôler la déflation ces prochains mois, mais nous y échapperons», rassure Bernard Lambert. Et si ce scénario ne se concrétise pas? «Alors oui, le spectre de la spirale baissière des prix est bien réel.»

L’heure est à l’observation. Banques centrales et gouvernements des plus grands pays du monde retiennent leur souffle en espérant que leurs plans de relance portent leurs fruits. Les signaux positifs sont certes de plus en plus nombreux aux Etats-Unis et en Asie, mais il n’y a aucune assurance de réussite. Mi-juin, le président de la Banque nationale suisse (BNS), Jean-Pierre Roth a lui-même admis que la déflation continuait de le préoccuper.

A un point tel que l’institut d’émission est intervenu il y a une semaine sur le marché des changes pour affaiblir le franc. En agissant de la sorte, la BNS évite que les produits importés coûtent moins chers et instille ainsi un peu d’inflation. Au détriment des consommateurs, qui auraient tout à gagner d’une baisse des prix? Pas forcément. Car si la déflation devait s’imposer, les salaires se retrouveraient sous pression.

Aux Etats-Unis, des entreprises comme Fedex ou Hewlett Packard sont déjà passées à l’acte en diminuant la paie de leurs collaborateurs. «Il s’agit là de cas isolés, tempère Bernard Lambert. A un niveau macroéconomique, les salaires horaires restent en hausse sur un an.»

Et en Suisse? Les négociations salariales débuteront à l’automne et les syndicats n’ont pas encore dévoilé leurs revendications. Président de la centrale syndicale Travail. Suisse, Martin Flügel exclut toutefois par avance toute baisse des revenus, «car si l’inflation recule, le pouvoir d’achat ne s’améliore pas pour autant. Les primes d’assurance-maladie vont par exemple fortement augmenter». Et lorsque la conseillère fédérale Doris Leuthard montre l’exemple en annonçant être prête à réduire son salaire de 10%? «Pourquoi pas pour elle. Mais une rémunération de ministre correspond à plus de quatre fois celui des employés que nous représentons. Pour eux, il n’est pas possible de baisser les salaires», conclut Martin Flügel.