La grande salle de bal de l’hôtel Venetian fait partie des incontournables du CES. Le salon y expose les vainqueurs de ses Innovation Awards, un condensé de ce que l’on trouve de mieux dans la Mecque mondiale de la tech. Et derrière ces vitrines où s’agglutinent des milliers de visiteurs toute la semaine figure un produit suisse. Un capteur fabriqué par Xsensio, une start-up installée à Lausanne.

Son stand se situe un étage plus bas dans le pavillon suisse. Sur place, il faut un peu de patience pour parler à Hoël Guérin, le directeur de la technologie. Le prix remis par le CES assure à Xsensio une visibilité certaine auprès des visiteurs du salon, potentiels futurs clients, fournisseurs ou investisseurs.

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La start-up se dit capable de procéder à des analyses d’un genre nouveau grâce à sa plateforme Lab-on-Skin (laboratoire sur la peau) présentée comme «la prochaine génération de dispositifs wearables». «C’est une puce, avec des capteurs, qui vient récolter directement la sueur sur la peau, mesurer sa composition et fournir une information similaire à une analyse sanguine. A partir de là, on mesure les biomarqueurs, l’information biochimique contenue dans la sueur de laquelle on dérive plein d’informations sur notre santé», détaille Hoël Guérin. La puce pourrait, à terme, être produite pour moins de 1 franc et trouver des applications dans le sport, le bien-être ou le médical.

La Mecque de l’hyperconnexion

Autre innovation helvétique dans le domaine des technologies portées: un soutien-gorge connecté, mis au point par Max Boysset, un entrepreneur de Neuchâtel. Le vêtement contient plusieurs sondes à ultrasons qui seraient capables de détecter un éventuel cancer du sein. «Au lieu d’une mammographie tous les deux ou trois ans, vous en avez une en temps réel et en 3D chaque jour», précise Max Boysset. Pour le moment, le prototype a des sondes visibles mais la version commerciale, espérée d’ici à 2021 ou 2022 sous réserve d’investisseurs, sera recouverte et lavable.

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La superficie du pavillon suisse a presque doublé par rapport à 2019. Chacune des quelque 30 start-up représentées dispose d’une petite table pour faire découvrir son produit. Le site a également des espaces communs et une petite scène. Sur cette dernière s’enchaînent des concours de pitchs, des interventions comme celle de l’ambassadeur aux Etats-Unis ou les présentations énergiques de Nicolas Bideau, directeur de Présence Suisse, organisme chargé de promouvoir l’image du pays à l’étranger.

«Are you ready?» crie-t-il en bondissant sur la scène juste avant qu’une jeune femme multiplie les exercices physiques devant les animations d’un écran géant. Chaque exercice correspond en fait à une start-up du pavillon. Un show à l’américaine, ludique, pour sortir du lot dans ce CES géant, auquel participent plus de 4000 exposants.

L’objectif de cette semaine reste le même que l’an dernier: signaler au monde la variété de l’innovation locale, d’un frigo connecté (Skimo) à un spécialiste de la réalité augmentée (Superba AR) en passant par une friteuse intelligente (Smart2fry), une start-up fabriquant une poudre préservant la force musculaire (Amazentis), un jeu à la Pokémon Go qui fait gagner de vrais prix (Treasure Hunters) ou même un bras robotisé pour couper de la raclette (Roboclette).

Mais l’éventail de l’innovation helvétique ne se limite évidemment pas au pavillon. Quelques allées plus loin, Technis, une société lausannoise, présente son sol connecté. Déjà utilisée par la Fondation Beyeler ou Palexpo, la technologie permet le comptage des visiteurs et a une autre fonction dans les EMS. «On est capable de détecter la chute de personnes de manière très précise, d’allumer la lumière automatiquement la nuit lorsqu’une personne se lève pour éviter qu’elle ne tombe», note le directeur général, Wiktor Bourée. «Ce qu’apprécient les visiteurs qu’on a vus ici, c’est l’invisibilité de la chose. On ne porte rien. On connecte l’infrastructure, pas l’humain.»

Promouvoir l’innovation made in Switzerland

Deux entreprises très différentes se sont également distinguées dans l’immense hall nord du Centre des conventions de Las Vegas, réservé à l’automobile. D’abord, Rinspeed, qui n’est plus à une folie près. Cette année, la firme zurichoise a présenté son MetroSnap, un petit véhicule autonome et surtout modulable, à même de transporter des personnes ou d’être réaménagé pour la livraison de paquets. «Les besoins en matière de transport sur une journée de vingt-quatre heures sont différents», justifie Frank Rinderknecht, l’expérimenté patron de la société.

L’interview de Nicolas Bideau en 2018Nicolas Bideau: «Notre rôle est de faire découvrir une autre Suisse» 

La start-up lausannoise Foldaway a participé à un projet plus spectaculaire encore, le concept-car dévoilé par Mercedes-Benz. Le véhicule inspiré par l’univers du film Avatar imagine une fusion entre nature et technologie. Les sièges ont la forme d’une feuille, les roues évoquent une méduse et l’arrière paraît recouvert d’écailles. «Sous ces écailles, il y a 33 robots, des robots pliables, notre spécialité», confie Marco Salerno, qui, avec son associé Stefano Mintchev, a séduit le géant allemand. «Ils peuvent sortir de la voiture et s’orienter dans n’importe quelle direction. La voiture peut ainsi communiquer avec le monde extérieur.»

Cet ingénieur italien envisage d’utiliser sa technologie dans le marché des affiches publicitaires. «Dans ce secteur, il faut impressionner et des changements de forme attirent votre attention. Ils communiquent des choses supplémentaires par rapport à des affiches statiques», insiste celui qui partage un point commun avec le vétéran Frank Rinderknecht. Les deux hommes, ainsi que de nombreux autres entrepreneurs suisses au CES, sont passés par l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. Un représentant de l’EPFL, garant d’une forme d’excellence helvétique, a d’ailleurs fait le déplacement dans le Nevada.