C’est un léger bourdonnement ininterrompu qui accueille le visiteur, ce matin d’hiver, dans la zone industrielle de Cheseaux, sur les hauts de Lausanne. Pour en trouver la cause, il faut lever les yeux. Dans le ciel, l’on distingue une grande aile noire volant en cercle à une centaine de mètres d’altitude. C’est là, à quelques mètres du siège de Kudelski, que SenseFly teste sans interruption ses drones.

Premier fabricant suisse sur ce marché, la société vient de signer un coup d’éclat en collaborant avec Parrot, sa société mère, pour créer le drone Disco. Et juste avant les fêtes, Disco est le drone que le groupe français met, sur son site, le plus en avant pour les particuliers.

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A la base, SenseFly, société issue de l’EPFL, n’avait pas vocation à s’intéresser au marché des drones grand public. Son modèle phare, eBee, est utilisé par des agriculteurs, des géomètres ou des exploitants de mine pour cartographier des territoires d’une surface allant jusqu’à 40 kilomètres carrés, via des vols dont la durée atteint jusqu’à 59 minutes.

Créé en 2009, SenseFly s’est fait racheter par le groupe français Parrot en 2012. «Parrot nous a laissés travailler de manière très indépendante sur notre marché. Puis, un jour, ils se sont dit qu’ils pourraient utiliser notre technologie pour créer un drone haut de gamme pour particuliers», explique Jean-Christophe Zufferey, directeur de SenseFly.

Du coup, les transferts de technologie se sont intensifiés entre les deux sociétés, avec des va-et-vient réguliers d’ingénieurs entre Paris et Cheseaux. «Parrot était spécialisé dans les drones à hélices, à décollage vertical. La société s’est fondée sur notre eBee pour créer Disco, en y ajoutant des accessoires pour particuliers, avec une caméra avant et un casque de réalité virtuelle», poursuit Jean-Christophe Zufferey. Le décollage du Disco est particulier. Il faut enclencher la petite hélice, le tenir par les deux côtés de l’aile puis le lancer devant soi. Immédiatement, le drone prend de l’altitude puis, l’altitude de 50 mètres étant atteinte, il vole en cercle en attendant des instructions.

Un autopilote suisse

Aujourd’hui, Disco est le drone haut de gamme de Parrot, étant vendu environ 1290 francs. Son envergure est de 1,15 mètre et il est capable de voler quarante-cinq minutes avec une vitesse de pointe de 80 kilomètres heure. D’un poids de 750 grammes, il nécessite une aire dégagée pour atterrir en glissant sur le sol sur un peu moins d’une dizaine de mètres. Le système autopilote de Disco, ainsi que le contrôle d’un appareil à aile fixe ou encore l’inversion automatique de la poussée de l’hélice à l’atterrissage sont tous dus à SenseFly.

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Pour Jean-Christophe Zufferey, collaborer avec Parrot sur ce drone a été bénéfique: «Notre société mère a pu bénéficier de notre savoir-faire tout en nous laissant indépendants: c’est très important, car nous voulons rester basés en Suisse et continuer à travailler sur le segment professionnel.» Actuellement, SenseFly assemble à Cheseaux, à la main, entre 100 et 200 drones eBee par mois. Vendus à partir de 10 000 francs pièce, ils sont tous testés dans le ciel vaudois avant d’être livrés aux clients.

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«Nous sommes parvenus à très vite nous étendre à l’international, la Suisse ne représentant que 5% de notre chiffre d’affaires. Nos plus gros marchés sont l’Amérique du Nord, l’Amérique latine, l’Europe et l’Australie. Nous exportons dans plus de 100 pays», précise le directeur de SenseFly. Récemment, le site spécialisé Quartz indiquait que pour améliorer son service de cartes, Apple utilisait notamment des drones de SenseFly.

Un écosystème local

La société, qui emploie une centaine de collaborateurs à Cheseaux, fait partie d’un écosystème des drones en Suisse. Ainsi, Pix4D, spécialisée dans les logiciels pour drones et issue de l’EPFL, fait aussi partie du groupe Parrot. SenseFly échange aussi avec la société Flyability, issue du même laboratoire de l’EPFL, spécialisée aujourd’hui dans les drones pour endroits difficilement accessibles.

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