La Suisse, pays propre? Oui. A première vue, oui. Elle se classe quatrième au hit-parade de Transparency International, qui a publié jeudi son rapport 2019 sur la corruption. Sur 180 pays étudiés, l’ONG place la Suisse à égalité avec la Suède et Singapour. Elle est devancée par le Danemark, la Nouvelle-Zélande et la Finlande, cette dernière lui ravissant la troisième place qu’elle occupait en 2018. «Toutefois, même si notre pays obtient de très bonnes notes, il n’y a pas trop de quoi se réjouir, souligne Martin Hilti, directeur de Transparency International Suisse. En dépit de son bon score général, il fait pratiquement du surplace dans la lutte contre la corruption et présente toujours de graves lacunes.»

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Cette quatrième place est trompeuse, selon Martin Hilti. Il pointe trois domaines qui ne sont pas pris en compte dans le classement. Et c’est particulièrement là où, selon lui, la Suisse affiche de «graves lacunes». D’abord, elle n’a pas de législation adéquate pour protéger les lanceurs d’alerte. Selon le patron de Transparency International Suisse, un projet de réforme de la législation en la matière date de quinze ans et risque même de passer définitivement à la trappe. Dès lors, son espoir repose sur le nouveau parlement suisse pour passer à l’acte. En effet, la Commission juridique du Conseil national se penchera sur la protection des lanceurs d’alerte vendredi prochain à Berne.

Des scandales passent par la Suisse

Deuxième lacune: la lutte contre le blanchiment d’argent, ainsi que contre la corruption dans le secteur privé et le sport est au point mort. Martin Hilti rappelle que de nombreux scandales financiers révélés par exemple par les Panama Papers et les LuandaLeaks ou encore concernant l’attribution des Jeux olympiques ont impliqué des entreprises mais aussi des juristes en Suisse. Il regrette que le dispositif anti-blanchiment d’argent suisse présente toujours d’importantes lacunes. Mais, s’encourage-t-il, la révision de la loi sur le blanchiment sera traitée jeudi prochain par la même commission.

Enfin, Marti Hilti dénonce l’opacité dans le financement des partis politiques, qui peut conduire aux versements de dessous-de-table. Il se réjouis que ce manquement fasse également l’objet d’un examen ce vendredi par les députés à Berne.

Corrompu et corrupteur

La Suisse n’a-t-elle rien fait en matière de lutte contre la corruption? «Nous avons signé trois conventions en la matière [de l’OCDE, de l’ONU et du Conseil de l’Europe] et, par conséquent, les législateurs ont adapté les lois suisses, répond Martin Hilti. Mais nous pouvons faire plus et combler les lacunes, qui sont indéniablement importantes.» Il fait aussi ressortir que le classement de Transparency International ne traite que la corruption dans le secteur public.

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Sur le plan global, comme en Suisse, la lutte contre la corruption n’a accompli aucun progrès en 2019. Ainsi deux tiers des pays n’atteignent toujours pas 50 points sur le total de 100, la moyenne se situant à 43. Face aux pays les plus «propres» selon le classement, les cinq pays les plus corrompus sont le Venezuela, le Yémen, la Syrie, le Soudan du Sud et la Somalie. Quatre Etats membres du G7 ont reculé: le Canada (12e, -4), la France (23e, -3), le Royaume-Uni (12e, -3) et les Etats-Unis (23e, -2). En Europe, le pays le plus touché par le fléau est l’Italie, qui occupe la 51e place.

Le rapport publié jeudi ne montre qu’une seule face de la pièce et le classement ne dit rien sur le secteur privé. De lors, la corruption commis par des entreprises Suisses à l’étranger n’y est pas inclus. Et Martin Hilti d'ajouter: «La réalité est que là où il y a un corrompu, il y a aussi un corrupteur».