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La Suisse talonne les Etats-Unis en matière de compétitivité

Au classement mondial de la compétitivité de l’IMD, la Suisse a gagné un rang et se place 4e. Mais les progressions les plus nettes viennent d’Asie, où certains pays mènent de grandes réformes pour augmenter leur attractivité

La Suisse assure. Elle a progressé d’un rang dans le World Competitiveness Ranking 2019 publié mardi par l’IMD, l’école de management basée à Lausanne. Ses principaux atouts: une croissance forte – 2,5% en 2018 –, la stabilité du franc et la qualité de ses infrastructures. Elle est quatrième au classement général derrière le trio Singapour, Hongkong et les Etats-Unis, et devance les Emirats arabes unis et les Pays-Bas.

L’IMD, qui publie cette année son 31e classement de la compétitivité mondiale, tient compte de 235 critères. L’économie suisse occupe la 1re place en matière d’éducation tertiaire et en gestion, pour les services de santé et la qualité de vie.

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Selon Arturo Bris, professeur de finance et responsable du World Competitiveness Center à l’IMD, outre les domaines où la Suisse excelle, le consensus social au sein de la population joue un rôle moteur pour augmenter l’attractivité du pays. «Les Helvètes peuvent par exemple accepter d’accorder un avantage fiscal aux entreprises rien que pour soutenir la politique gouvernementale, souligne-t-il. Cet état d’esprit a créé un climat propice aux investissements et à l’innovation.»

Risques de délocalisation

La Suisse obtient de bonnes notes en matière de stabilité politique et de prévisibilité, de disponibilité des talents, de culture favorable à la recherche et au développement. L’économie suisse reste ainsi attractive pour les investissements étrangers.

Mais elle a aussi ses faiblesses. Le coût élevé de la vie, des loyers et de l’électricité pour les bureaux, des télécommunications, ainsi que les subventions publiques à divers secteurs. Dès lors, le rapport indique que les risques de délocalisation des entreprises qui produisent des biens, fournissent des services ou qui mènent des activités de recherche et développement (R&D) sont élevés.

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Sur le classement global, c’est la première fois que Singapour arrive en tête du peloton. La cité-Etat asiatique peut se vanter de ses infrastructures technologiques sophistiquées, de la disponibilité des talents, des lois favorables à l’immigration et des facilités offertes pour lancer une entreprise. Les atouts de Hongkong, classé en seconde position, sont un régime fiscal et un environnement favorable aux entreprises, ainsi qu'un accès facilité aux systèmes financiers.

Chine, une bombe à retardement

Les Etats-Unis, 3e économie parmi les plus compétitives, occupaient la 1re marche du podium l’an dernier. Son recul s’explique par le fait que les cadeaux fiscaux offerts en 2017 par l’administration Trump ne produisent plus de bénéfices. «En même temps, le pays traverse des tensions commerciales avec la Chine dont les conséquences ne se manifestent pas encore à ce stade», analyse Arturo Bris. Ces tensions, surtout si elles durent, affecteront la compétitivité non seulement des Etats-Unis et de la Chine, mais également de nombreux pays qui leur fournissent des matières premières.

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Comme les Etats-Unis, la Chine a reculé d’une place par rapport à l’an dernier et occupe le 14e rang en 2019. Selon Arturo Bris, ce pays reste un cas particulier dans la mesure où l’Etat continue à verser de larges subventions aux entreprises privées. «Cette politique s’avérera une bombe à retardement en cas de manque de croissance, avance-t-il. Même une multinationale comme Alibaba est aidée par l’Etat par le biais des contrats publics.»

Le Japon, exception à la règle

Le rapport 2019 confirme la compétitivité grandissante des pays comme Singapour, Hongkong, mais aussi l’Indonésie ou la Thaïlande. Djakarta – 32e – a gagné 11 places par rapport à 2018. Pour Arturo Bris, plusieurs pays asiatiques sont activement engagés à mener des réformes structurelles dans le but de gagner en compétitivité. «C’est une stratégie qui paie», applaudit-il. En Asie, le Japon fait exception à la règle; il occupe le 30e rang, contre le 25e, l’an dernier. Les raisons: sa croissance demeure anémique, sa dette explose et son environnement reste peu attrayant pour les entreprises.

Enfin, les indicateurs ne sont pas bons pour les pays de l’Union européenne. Le Royaume-Uni (23e) fait les frais des incertitudes liées au Brexit. Même les pays nordiques, qui étaient les premiers de la classe ces dernières années ont reculé, cédant leur place à deux nouveaux venus dans le top 10: les Emirats arabes unis (5e) et le Qatar (10e).

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