C'est une tendance que la prochaine édition annuelle de la somme «Switzerland Fund Charges» du consultant britannique Fitzrovia International plc à Londres va certainement confirmer: les ratios de frais totaux, les fameux TER dans lesquels les frais annuels de gestion sont essentiels, des fonds de placement commercialisés en Suisse sont à la hausse. Ed Moisson, porte-parole de Fitzrovia, l'illustre par quelques exemples. Ainsi, les frais de gestion des fonds en actions suisses de la Banque Hofmann sont passés de 1% à 1,2% l'an passé. Chez Lombard Odier & Cie, ceux de l'European Small & Mid Caps Fund, du Greater China Fund, du Pacific Rim Fund et du Quality Growth Fund sont passés de 1% à 1,5%.

Enfin, toujours cités en exemple par Fitzrovia, les frais de gestion de trois compartiments du Expert Fund de la Banque Cantonale de Lucerne ont aussi été revus à la hausse de 0,5% à 0,6%, 0,7% et 1%. Quant au leader du marché, le groupe UBS, il a augmenté au début de l'année les frais forfaitaires de ses fonds de placement entre 0,6% et 3%.

Toutes les charges minent la performance

Ce mouvement de hausse des frais, s'il perdure et surtout s'il se généralise, peut être dangereux pour l'industrie suisse des fonds de placement dont le volume global se situait à fin mars dernier dans les environs de 500 milliards de francs. D'une part, comme le souligne Paul Moulton, directeur général de Fitzrovia International plc, «les charges annuelles pour les fonds dont la fortune augmente devraient baisser dans la mesure où ces instruments bénéficient alors d'un effet d'économies d'échelle qui devrait être répercuté sur les investisseurs». Manifestement, ce n'est pas le cas pour la majorité des fonds. Ou plutôt, si économies d'échelle il y a, elles profitent d'abord aux promoteurs dont on sait que la rentabilité de leurs fonds est devenue une composante essentielle de leurs revenus d'affaires.

Par ailleurs, dans la mesure où la performance de la gestion des fonds de placement a plutôt pris l'ascenseur vers le bas ces derniers mois, il paraîtra toujours plus difficile aux porteurs de parts d'accepter des frais disproportionnés par rapport aux résultats. Surtout, si comme l'a encore montré une autre étude de Fitzrovia, il doit en plus supporter le risque de taille et supporter des coûts moyens qui sont sensiblement supérieurs dans les petits fonds de placement que dans les autres. Les pressions pour une meilleure transparence sur la structure des coûts des fonds risquent donc logiquement d'augmenter sérieusement ces prochains mois. Car, comme le souligne encore Ed Moisson, «toutes les charges annuelles et non seulement les frais de gestion minent la performance des fonds».

Or, en Suisse comme sur les autres marchés européens, les coûts de distribution (marketing et vente) des fonds de placement viennent de plus en plus pérorer les frais de gestion. La plupart du temps, ces deux sortes de frais étaient mélangées. Mais, la concurrence entre promoteurs se fait de plus en plus vive et les charges pour un marketing qui permet de se distinguer devant l'investisseur deviennent toujours plus lourdes. En Suisse, pour tous les fonds autorisés à la vente, le taux pondéré des frais de gestion est certes actuellement de 0,961% mais celui des coûts de distribution est déjà de 0,627%. Et, quand le consultant britannique fait un calcul plus détaillé selon les classes d'actifs, il trouve des écarts sensibles.

Entre les fonds en actions, en obligations et monétaires, les coûts de gestion évoluent en moyenne de 1,184% pour les premiers à 0,571% pour les derniers en passant par 0,739% pour la seconde catégorie. Parallèlement, les coûts de marketing ont déjà atteint respectivement 0,669% pour les fonds en actions, 0,579% pour ceux en obligations et 0,280% pour les outils de placement monétaires. Pour des besoins de transparence, les deux sortes de frais devraient pourtant être clairement identifiables par l'investisseur qui devrait ainsi avoir un outil supplémentaire de comparaison au fameux TER. Or Fitzrovia International plc a constaté, par exemple, que seuls 14% des fonds enregistrés au Luxembourg suivent une telle pratique.

Publier l'effet des coûts

C'est en prenant acte de cette opacité dans la structure des coûts qui règne sur le marché suisse des fonds de placement que le spécialiste des fonds de placement de la Commission fédérale des banques, Mattheus den Otter, s'est récemment exprimé dans un article de notre confrère Finanz und Wirtschaft en faveur de la pratique américaine et britannique en matière de publication sur les coûts. Aux Etats-Unis et en Angleterre en effet, outre la publication des TER, les promoteurs de fonds doivent indiquer clairement dans leur documentation quel est l'effet à long terme des coûts appliqués aux fonds sur leurs performances. Ceci n'existe pas encore en Suisse et la loi fédérale sur les fonds de placement ne le prévoit pas. Mais la Swiss Fund Association, qui mettra en vigueur au début de l'année prochaine ses «règles de comportement» des promoteurs de fonds pourrait y penser sérieusement.