La Suisse, un nouveau hub européen pour les sociétés indiennes? Dans le domaine des logiciels bancaires, trois géants sont actifs en Suisse: Wipro, Infosys et Tata Consultancy Services (TCS). Numéro un mondial avec douze des vingt plus grandes banques globales parmi ses clients et un chiffre d'affaires global de 5,7 milliards de francs l'an dernier, TCS emploie une centaine de collaborateurs en Suisse. Près de 90 d'entre eux se concentrent uniquement sur les solutions bancaires. Les ventes en Suisse atteignent environ 50 millions de francs. A l'étranger, environ 900 collaborateurs s'occupent du marché suisse.

L'arrivée de TCS en Suisse remonte à novembre 2006. Le groupe basé à Chennai, actif dans près de 50 pays, s'empare de TKS Teknosoft, société créée en 1985 par Pierre Page, pour 100 millions de francs, permettant à ce dernier de régler un problème de succession. Les deux entités nouaient des relations commerciales depuis plus de vingt ans. TKS Teknosoft était le représentant et le distributeur exclusif de TCS. «Ce rachat nous a permis d'avoir accès aux clients de l'entreprise, comme Société Générale et Rabobank. Aujourd'hui, pour une société indienne, c'est un avantage compétitif de pouvoir développer des produits spécifiques à la Suisse. Ce marché a ses particularités et il y est plus difficile de convaincre le premier client», relève Alphonse Gahler, chef des solutions d'informatiques bancaires pour TCS en Suisse. Pour ce dernier, un autre avantage consiste en la possibilité de vendre les produits fabriqués en Suisse non seulement en Europe, mais également sur les autres continents.

Le marché suisse étant mature et très fragmenté, il n'est pas facile de s'y imposer. «Chaque type d'établissement, que ce soit les banques cantonales, les banques privées ou les grandes banques, dispose de logiciels bancaires qui répondent à ses besoins. On ne peut désormais que les convaincre en proposant des produits complets», souligne Alphonse Gahler. Le modèle d'affaires suivi par TCS se concentre sur les produits et les services à haute valeur ajoutée, afin de minimiser l'impact sur les marges provoqué par une recrudescence de la concurrence. «Aujourd'hui, la compétition ne se déroule plus au niveau des prix comme avant. Alors qu'il y a quelques années, les entreprises occidentales se tournaient vers l'Inde pour réduire leurs coûts, elles privilégient aujourd'hui la qualité des produits», fait remarquer William Matheson, responsable des ventes de TCS en Suisse. Les contrats d'externalisation sont parallèlement devenus moins longs. Ils durent en moyenne trois ans, avec une prolongation de deux ans, contre dix ans au début des années 2000. Ils sont aussi plus ciblés sur certains types de solutions bancaires. TCS ressent-il les effets de la crise financière? Pas pour l'instant, estime Heinz Gehri, patron des activités suisses. Les effectifs vont être renforcés de dix à vingt personnes d'ici à fin 2008. L'objectif de croissance des ventes est maintenu à 35%.