C’est fait, «la Chine et la Suisse ont signé un accord de libre-échange [ALE], le deuxième de Pékin avec un pays d’Europe – après l’Islande, en avril dernier – écrit Le Figaro, en ajoutant que ce paraphe intervient «en plein bras de fer commercial entre la deuxième économie mondiale et l’Union européenne», à propos de la surtaxe de 47% que Bruxelles veut imposer aux panneaux solaires chinois. Le texte devra être ratifié par les parlements des deux Etats.

L’Agence France-Presse, notamment reprise par Libération, indique que M. Schneider-Ammann était accompagné à Pékin pour la signature de ce document de 29 responsables et chefs d’entreprise suisses, pour bien signifier l’importance de l’accord aux yeux des milieux économiques dans son pays. Le ministre de l’Economie a souligné que la Chine n’avait fait «aucun cadeau» à la Suisse.» Confirmation helvétique: «Je connais les Chinois en tant que partenaires commerciaux depuis vingt-cinq ans. Ils sont durs et ne nous ont fait aucun cadeau», a déclaré le conseiller fédéral chargé de l’Economie à la Neue Zürcher Zeitung, qui parle d’un concert de louanges pour ce succès diplomatique.

Tensions antidumping

En attendant, Le Quotidien du peuple exploite à fond l’événement, puisqu’il prétend qu’«on s’attend généralement» à ce que l’ALE entre «le cœur de l’Europe» et la Chine «renforce la relation gagnant-gagnant entre les deux pays, mais serve également de modèle pour la coopération économique entre Pékin et Bruxelles, dans un climat de tensions antidumping».

Et l’organe de presse officiel du comité central du PC chinois d’ajouter que «l’accord sino-suisse offre l’opportunité aux deux parties de débloquer leurs énormes potentiels et d’assurer des retombées positives pour leurs peuples». En précisant: «Une telle opportunité est également possible avec l’ensemble de l’UE.»

Guerre économique

Mais que signifie cette «union», selon l’expression de la Süddeutsche Zeitung? «Elle ne l’avouera jamais», enchaîne L’Hebdo, mais «la Chine veut utiliser la Suisse comme tête de pont pour pénétrer le marché européen dans un second temps. Entre elle et l’UE, le climat est on ne peut plus tendu, il est celui d’une guerre économique loin de respecter l’esprit de l’OMC.» Après le pataquès sur les fameux panneaux solaires, «la Chine a riposté en pénalisant les vins européens, qui viennent surtout de France. Après s’être rendu en Suisse, [le président] Li Keqiang a encore fait un saut en Allemagne, un pays de l’UE qui s’est opposé aux mesures de rétorsion de l’UE. Le message était clair: messieurs les Européens, écoutez les Allemands, surtout pas les Français.»

L’Agefi a calculé, elle que si l’Allemagne reste le premier pays pour les produits suisses, «toutes les exportations ne se valent pas par rapport aux volumes. Au poids plus précisément. La valeur moyenne du kilogramme exporté vers l’Allemagne dépasse à peine 6 francs (moins de 5 francs vers la France). Le kilo destiné aux Etats-Unis rapporte 37 francs, et celui qui est vendu en Chine et au Japon vaut respectivement 75 et 93 francs. Soit 8 à 18 fois plus. Une distinction d’importance. Elle signifie que la Suisse va vers des marchés de produits à très haute valeur, sensiblement plus difficiles à concurrencer.»

Capital pour la suite

La Chine en profite clairement davantage que la Suisse, aux yeux de l’Aargauer Zeitung: même si le poids relatif des deux pays apparaît déséquilibré, Finanz und Wirtschaft livre un long commentaire pour expliquer que cet accord est capital pour la suite de la stratégie de la Suisse en Asie. Et le Handelsblatt écrit qu’il sera surtout profitable pour l’industrie de la transformation laitière suisse et pour les fabricants de textiles chinois.