Les invités

La Suisse dans le top mondialdu haut débit sur Internet

Le rapport du quatrième trimestre 2014 d’Akamai sur l’état d’Internet donne le pouls de celui-ci. Akamai est le leader mondial du contenu de proximité sur Internet et a ainsi une bonne vue du Net.

La Suisse est numéro 1 européen avec la Suède (et dans le top 5 mondial) pour le débit moyen à 14,5 Mb/s (la moyenne mondiale est de 4,5 Mb/s). Elle surperforme (numéro 3 mondial) quant à la proportion de connexions au-delà de 10 Mb/s: 56% (et même 30% pour 15 Mb/s, le seuil minimum pour envisager la TV 4K, le nouveau Graal).

C’est le Royaume-Uni qui est premier pour les connexions mobiles: le débit moyen y est de 16 Mb/s, grâce à la 4G, avec des pointes de 61,8 Mb/s. Sur l’adoption de l’IPv6, les adresses de demain sur Internet, c’est un autre petit pays qui l’emporte: la Belgique envoie 32% de ses connexions en IPv6 sur les serveurs d’Akamai, la Suisse score à 10%.

L’Asie reste en tête de la rapidité moyenne: la Corée du Sud fait du 22,2 Mb/s et en pointe, Hongkong dépasse tout le monde à 87,7 Mb/s, grâce à sa densité de population. A l’autre extrême, Birmanie, Ethiopie et Tanzanie sont dans un autre top 3, avec moins de 5% de la population connectée! Et 50 millions d’Américains (16%) sont aussi sans connexion. En Europe, une telle fracture n’existe pas: son concept de service universel l’explique.

A la croissance du haut débit, fait écho celle des cyberattaques: les malwares utilisent les pays les mieux connectés pour lancer leurs attaques de masse. Et c’est d’Asie que viennent 64% des cyberattaques, 19% d’Europe et 15% des Etats-Unis. Les cibles évoluent vers la high-tech ou le secteur public, avec motivations politiques dans ce cas. Akamai y répond, puisque ce sont ses clients et donc le contenu de leurs serveurs répliqués sur les siens qui sont affectés, en bloquant des régions entières mais la dispersion des contenus sur des centaines de caches rend quasi impossible une attaque vers tous à la fois.

Avec le haut débit, la neutralité du Net est l’autre débat qui s’aiguise: chaque paquet sur le Net a-t-il les mêmes droits ou certains peuvent-ils être prioritaires? Le président Obama a surpris en la souhaitant (au point d’influencer les commissaires démocrates de la FCC) au grand dam des opérateurs, tant en Europe qu’aux Etats-Unis. Ces derniers voudraient voir les géants du Net contribuer au financement des réseaux pour tenir le rythme du contenu en hausse constante. Ce n’est que lorsqu’un Netflix fait payer un abonnement au client final qu’il s’empresse de trouver un accord avec les opérateurs pour garantir la qualité (sans quoi son client s’en retournera vite à la Video On Demand). Seuls les acteurs du net qui vivent de revenus publicitaires ont intérêt à la neutralité du Net. Swisscom montre une autre voie: plus il y a du trafic de ces géants, plus elle peut convaincre le client de l’intérêt de ses offres haut débit qu’Akamai ne dément pas.

Il n’y a pas qu’une neutralité du Net: les opérateurs peuvent-ils faire payer plus pour du trafic prioritaire ou critique qui permettra les voitures sans conducteur ou des alarmes de santé? Ce revenu les inciterait à investir encore plus dans les réseaux: la fibre optique à domicile, la 4G partout voire la 5G. Mais les petites start-up innovantes sans le sou pourraient ne jamais percer car leur trafic irait plus lentement. A l’autre extrême, si l’opérateur offre du trafic gratuit (par exemple, l’accès à Spotify qui n’est pas compté dans le forfait), il ne respecte pas la neutralité du Net: il incite le client à délaisser son concurrent Deezer. Le blocage/ralentissement du trafic, parfois pour des raisons honorables, comme limiter le piratage de contenu, n’est pas plus légitime: comment distinguer le trafic (il)légal tout comme le filtre «family friendly» des FAI britanniques qui s’arrogent un droit de censure?

Ici, les Etats-Unis et l’UE convergent sur la nécessité, à leurs yeux, de la neutralité du Net. En Europe, seule échappatoire prévue pour les opérateurs: offrir des services spécialisés pour autant que le trafic «normal» ne subisse aucune différence (de traitement?). Las: qui paierait pour du trafic spécialisé si on ne perçoit pas de différence avec le trafic standard? Les opérateurs pourront toutefois agir dans le cas où la saine gestion du réseau l’impose mais il faudra de la transparence. Aux Etats-Unis, en cataloguant les FAI comme réseau utilitaire (common carrier), le trafic internet qu’ils véhiculent ne peut jouir d’un traitement différencié: la neutralité du Net y sera stricte. En Europe, si les frontières subsistent pour la réforme en cours du copyright, si un Suisse ne peut accéder au replay de France 2, parce qu’il n’est pas en France, on ne pourra déjà pas respecter la neutralité du Net, à son corps défendant: il faut s’attendre à des débats sans fin qui en appellent un autre: la régulation des plateformes comme remède au no man’s land dans lequel se complaisent les géants du Net.

* Université libre de Bruxelles, membre du collège de l’IBPT (régulateur télécoms belge)**HEC Université de Liège et Co-Chairman, IPv6 Council – Distinguished System Engineer, Cisco Systems

En Europe, seule échappatoire prévue pour les opérateurs:offrir des services spécialisés