Travail

La Suisse est en train de perdre son industrie

Le pays compte désormais trois fois plus d’emplois dans les services que dans les activités de production. Les industriels suisses vont mieux, mais ils ne sont pas prêts à augmenter leurs effectifs

Le déclin du secteur secondaire se poursuit. En face, les activités de services, ledit secteur tertiaire, continuent de progresser. C’est ce que confirment les derniers chiffres de l’Office fédéral de la statistique (OFS) publiés lundi.

Au premier trimestre 2017, l’économie suisse comptait au total 3,81 millions d’emplois équivalents plein-temps (EPT), soit une hausse de 0,2% par rapport à la même période de l’an dernier. Mais cette progression ne doit pas cacher les difficultés du secteur secondaire, qui, lui, affiche une baisse de 8000 unités (–0,7%) en un an.

«C’est un vrai problème»

Le plus grand perdant de l’année, c’est l’industrie manufacturière, qui a encore perdu 4000 postes. Elle compte désormais 617 500 EPT. Les métiers liés à la production et à la transformation (machines, chimie, pharma, alimentaire, équipements électriques, etc.) ont ainsi perdu 21 000 postes au cours des dix dernières années. Sur l’année écoulée, les deux autres secteurs les plus touchés sont l’horlogerie et l’électronique, avec 4000 emplois EPT en moins, ainsi que la construction (–2000 EPT).

Chez Credit Suisse, le coup de sonde annuel, publié en mars dernier, avait débouché sur le même résultat: dans son dernier Manuel des branches, la banque fait état d’un recul de 1,4% de l’emploi dans l’industrie en 2016 et prévoit un repli de 0,5% cette année.

«C’est un vrai problème. C’est ce qu’on appelle une désindustrialisation», déplore Philippe Cordonier, le responsable romand de l’organisation faîtière Swissmem. L’industrie MEM (machines, équipements et métaux) a perdu 10 000 emplois en dix ans, rappelle-t-il. Et il n’est pas certain du tout que la tendance finisse par s’inverser. La robotisation détruira-t-elle ou créera-t-elle des emplois? La réponse est loin d’être claire, les études prospectives se contredisent.

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Une certitude: aujourd’hui, alors qu’une reprise des commandes et des chiffres d’affaires se matérialise dans l’industrie, les recrutements ne sont pas au rendez-vous. Mais c’est davantage une question conjoncturelle. Il est trop tôt, reprend Philippe Cordonier. «Il faudrait que l’embellie perdure pour qu’elle se matérialise dans les marges des entreprises. Si le niveau des bénéfices s’améliore, elles pourront alors innover et investir. Cela pourrait mener à la création de nouveaux emplois.»

Selon le dernier baromètre de Manpower, la prévision nette d’emploi de l’industrie manufacturière – la différence entre les patrons qui envisagent de recruter et ceux qui veulent réduire leurs effectifs – se situe à 3% pour le trimestre en cours.

Le tertiaire a gagné 16 000 emplois

Dans le secteur des services, l’ambiance à l’embauche est tout autre. L’OFS a décompté une progression de 16 000 unités (+ 0,6%) en une année. En raison, notamment mais pas seulement, de la hausse des emplois dans la santé, le social et l’administration publique, le tertiaire pèse désormais 2,836 millions de postes dans le pays. C’est trois fois plus que le secteur secondaire. En dix ans, l’augmentation du nombre d’EPT atteint 344 000.

Face à ce basculement vers les activités de services, Philippe Cordonier oppose une bonne nouvelle: les entreprises membres de Swissmem créent des emplois à l’étranger. Elles en totalisent désormais 500 000, contre 320 000 dans le pays. «A l’image de Bobst, par exemple, cela permet de continuer de vendre des produits sur d’autres marchés.» Mais le responsable le concède volontiers: sur le plan de l’emploi suisse, ce n’est qu’une maigre consolation.

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