L'invité 

La Suisse est un marché télécoms idéal pour les investisseurs

Quand on analyse de l’extérieur le marché télécoms suisse, on y porte forcément un regard d’Europe où la régulation est forte

Pour un investisseur, la Suisse a une structure idéale: trois acteurs mobiles, Swisscom, le leader, Sunrise, le challenger et Salt, qui peut bousculer le marché. Au niveau fixe, trois acteurs aussi: Swisscom, Cablecom et Sunrise – avec Salt qui a annoncé sa volonté d’entrer sur ce segment. Le consommateur suisse a le profil idéal: il préfère la qualité au prix.

En France, les quatre acteurs mobiles ont créé un bain de sang dont le secteur se remet petit à petit. L’Italie va bientôt revenir à quatre acteurs, la Grande-Bretagne a toujours connu cette configuration et en Allemagne la récente consolidation a donné des ailes réglementaires à un opérateur de réseau mobile virtuel, Drilisch.

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La régulation suisse met en avant la concurrence sur l’infrastructure avec quasi aucune régulation ex ante au bénéfice d’un nouvel entrant. Le «dégroupage» a été introduit, tard, en 2007 et la fixation des tarifs de terminaison des appels sur le réseau mobile du concurrent se fait par négociation commerciale, inimaginable dans l’Union Européenne.

Le consommateur suisse est choyé

Les consommateurs sont choyés en Suisse: Swisscom a été le premier opérateur à fixer des plans tarifaires de données mobiles illimités et des garanties de débit (et les prix en conséquence), ce que seul un réseau d’une excellente qualité peut se permettre (comme risque). Swisscom a trusté la première place de ce point de vue jusqu’à récemment où Sunrise lui a ravi la pole position (en 2016).

En proposant de l’illimité avec une garantie de débit, que reste-t-il pour augmenter les revenus des abonnés? Du contenu? Et on sait que Salt, qui n’est pas la propriété du fondateur de Free pour rien, pourrait se lancer dans le fixe fin 2017. Salt pourrait utiliser l’option Layer 3 de Swisscom qui assure un service de bout en bout: l’investissement initial se limiterait alors à des coûts d’acquisition.

Salt peut aussi louer de la fibre noire à Swisscom ou à SFN, cette association de services aux collectivités (avec Swisscom) qui place de la fibre à travers tout le pays mais, dit HSBC qui a consacré une note au marché suisse, un investissement serait nécessaire pour relier via un réseau propre les points de présence de Swisscom auquel Salt doit se connecter.

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Salt n’a pas encore réussi à secouer le marché comme Free en France. HSBC y voit la force des sous-marques lancées par Swisscom (Budget et Wingo) et Sunrise (Yallo). Elles ont pu stabiliser les taux d’utilisation des liquidités des deux premiers opérateurs en question en gardant captifs les segments moins intéressés par la qualité et plus par le prix.

Le «triple play (téléphonie fixe, télévison et Internet)» a eu, en Suisse comme ailleurs, son succès: des clients ont souscrit pour la première fois à de la TV payante. Par contre, dit HSCB, un succès du «quadruple play (triple play et la téléphonie mobile)» sera plus difficile: pour convaincre le client de mettre le mobile dans une offre conjointe et groupée, il faudra une sérieuse réduction de tarifs car le marché est saturé. Swisscom teste cependant de nouvelles formules de convergence avec son offre InOne pour créer de la TV, de l’internet et de la téléphonie personnalisée. Sunrise n’est pas en reste avec Sunrise One. Pour HSBC, Swisscom, dont 70% des coûts sont fixes, aura sans doute comme priorité de défendre ses parts de marchés pour garder le bénéfice de ses économies d’échelle.

Il y a l’inconnue de SFN, qui existe depuis 2012 et qui couvre 20% des foyers suisses: il n’offre que de la fibre noire [ndlr: pas encore activée], ce qui impose à un nouvel entrant qui voudrait l’utiliser de prévoir d’emblée des investissements, tandis que Swisscom peut prendre en charge un service de gros de bout en bout pour un nouvel entrant. Ceci dit, Quickline travaille déjà avec SFN et propose des débits de 1000 Bits/Sec pour 50 francs par mois! Cablecom pourrait aussi vendre son réseau câble: l’exemple Bouygues/Numericable en France montre que ce modèle a du bon.

La stratégie de Sunrise dans le B2B

Il n’empêche, Swisscom a fait le choix, comme Proximus, de tabler sur la technologie VDSL dès 2009, ce qui permet des débits de 50 Mbits/sec à 3,5 millions de foyers dont 2,5 déjà connectés en direct ou à proximité à la fibre (une exigence pour le VDSL). Ceci dit, le Conseil fédéral a demandé qu’une nouvelle législation pour ouvrir les réseaux de fibres à la concurrence se mette en place: elle doit être effective dès 2019/2020.

A noter aussi, dit HSBC, les ambitions de Sunrise de prendre plus de parts de marché en B2B (Business to business). Dernière inconnue: la consolidation. La Suisse est passée de peu d’être le premier pays à n’avoir que deux opérateurs mobiles avec la fusion avortée entre Orange et Sunrise. HSBC ne serait pas surpris que le débat revienne mais préférerait une consolidation fixe mobile.


Pour en savoir plus, Swiss Telecoms, HSBC Research, Luigi Minerva et al., 17 mars 2017

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