Le marché des fusions et acquisitions a une nouvelle fois tourné à plein régime l’an dernier. 2016 a été la deuxième année la plus importante en matière de fusions et acquisitions en ce qui concerne la Suisse et la troisième sur le plan mondial, a mis en perspective le cabinet de conseil KPMG qui a présenté mardi à Zurich une étude consacrée à ce sujet. Le nombre de transactions impliquant une participation helvétique a crû de 3,4% pour s’établir à 362 transactions en 2016 (350 en 2015). Le volume de ces opérations a même bondi de 40% pour atteindre 119,1 milliards de dollars (84,9 milliards un an plus tôt).

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Ce bond spectaculaire sur un an s’explique bien sûr en grande partie par le rachat du géant agrochimique bâlois Syngenta par la China National Chemical Corporation (ChemChina) pour 43,3 milliards de dollars. La reprise de Rosneft Oil Company par Glencore et le fonds souverain du Qatar est la seconde plus grande transaction avec 11,3 milliards.

Accélération des achats chinois

Si elle devance de loin les autres transactions réalisées en 2016 de sa par sa taille, l’offre de l’entreprise d’Etat chinoise sur le groupe bâlois est loin d’être un cas isolé. Au cours des deux dernières années, des entreprises chinoises ont procédé à 19 acquisitions en Suisse, dont 9 en 2016 et 10 l’an précédant. En comparaison, le nombre de rachats s’était limité à 2 en 2012 et à 3 aussi bien en 2013 qu’en 2014. Parmi les acquéreurs, HNA Group a notamment repris les spécialistes de la logistique pour le transport aérien Swissport (2,9 milliards) et Gategroup (1,92 milliard) tandis que Infront Sport & Media a été racheté par Dalian Wanda Group pour 1,2 milliard. A noter que les entreprises étatiques chinoises jouent un rôle clé: parmi les cinq plus grandes transactions réalisées depuis 2012, deux ont été réalisées par des firme appartenant à l’Etat.

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Pour la suite, les experts de KPMG ne s’attendent pas nécessairement à une telle frénésie d’achat de la part des entreprises chinoises en Suisse. En effet, Pékin voit toujours plus d’un mauvais oeil les sorties de capitaux d’entreprises chinoises via des acquisitions à l’étranger. Selon une nouvelle loi, les rachats effectués par des entreprises chinoises à l’étranger dépassant les 10 milliards de dollars seront interdites. Et même les achats d’une valeur de plus de 1 milliard seront aussi bannies dès lors que ces transactions ne se rapportent pas au coeur de métier de l’entreprise.

«Swissness» et technologie dans le viseur

Que recherchent les investisseurs chinois lorsqu’ils rachètent des sociétés suisses ? S’exprimant lors d’une table-ronde, Kurt Haerri, senior vice-président chez Schindler, a estimé que les entreprises chinoises ne viennent pas en Suisse en raison de l’attrait de son marché intérieur, ni pour préserver des emplois. Selon l’ex-président de la Chambre de Commerce Suisse-Chine, trois aspects en Suisse intéressent avant tout les investisseurs de l’Empire du Milieu. Premièrement, l’accès au «Swissness », soit l’image de qualité rattachée à la Suisse. Deuxièmement, la technologie: «Le plus grand problème pour de nombreuses entreprises chinoises est qu’elle n’ont pas encore pu développer à l’interne une qualité technologique suffisante », estime le spécialiste du fabricant d’ascenseurs lucernois. Troisièmement, l’immobilier dans un but de diversification. «Compte tenu des incertitudes en Chine, certains entrepreneurs préfèrent placer une partie de leurs actifs dans des biens immobiliers à l’étranger, comme des hôtels », cite-t-il.

Les sociétés suisses sont aussi très actives

Si la Chine a prédominé en termes de volumes dans les acquisitions en Suisse l’an dernier, les entreprises helvétiques ont, elles, surtout acheté des sociétés en Amérique du Nord. Galenica a par exemple repris la firme américaine Relapse pour 1,5 milliard de dollars.

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Enfin, contrairement à la perception qui prévaut parfois auprès du public, les entreprises suisses ont acheté davantage à l’étranger que l’inverse en 2016, cela pour la troisième année d’affilée. En 2016, 166 entreprises étrangères ont été reprises par des groupes suisses, alors que seules 87 sociétés helvétiques ont été rachetées par des firmes étrangères.