Brexit ou non, la deuxième édition de la tournée consacrée à des jeunes pousses britanniques actives dans la fintech en Suisse (UK FinTech Roadshow in Switzerland) s’est tenue jeudi à Zurich et vendredi à Genève. Parmi les intervenants à Zurich figurait Eric van der Kleij, fondateur de Level 39, un incubateur à start-up actives dans les technologies financières à Londres qu’il a dirigé durant trois ans jusqu’à l’automne dernier.

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En plus de son rôle de conseiller de l’organisation UK Trade & Investment pour les domaines de la fintech et de la technologie blockchain, le Britannique assurera aussi un rôle de conseiller spécial pour le compte de Kickstart Accelerator un programme de soutien à la création de start-up dans plusieurs secteurs (fintech, alimentation, machines connectées). Il a été fondé en 2015 avec l’appui de DigitalZurich2025, une initiative qui veut promouvoir l’économie numérique dans la région zurichoise.

Le Temps: Quelles sont les chances de la Suisse dans le domaine de la fintech?

Eric van der Kleij: Si j’ai accepté cette fonction, c’est parce que je pense que la Suisse à un rôle à jouer pour favoriser l’innovation dans le domaine des services financiers, à côté d’autres places comme celles de Londres. En outre, ce programme a l’avantage de pouvoir compter sur le soutien d’institutions et entreprises importantes comme la SIX, les banques Credit Suisse et UBS, l’assureur Swiss Life ou Swisscom. Je trouve très intéressant de voir que tous ces acteurs participent à un projet basé sur le principe de la «coopétition», à savoir que des entreprises, parfois concurrentes, collaborent ensemble afin d’améliorer les chances et la compétitivité d’un secteur.

- Lorsque l’on parle des start-up en Suisse, la taille du marché local est souvent perçue comme un obstacle. Comme surmonter cette difficulté?

- Il ne faut plutôt considérer l’importance de l’industrie financière en Suisse dans certains segments. Les institutions financières helvétiques comptent parmi les meilleures dans le domaine de la gestion de fortune sur le plan mondial. La Suisse a l’opportunité de transformer son industrie financière en y intégrant l’apport de nouvelles technologies. Je pense en particulier aux développements dans les domaines des robots conseillers et de l’intelligence artificielle.

- Londres risque-t-elle de perdre sa place de leader dans la fintech en Europe si son secteur financier est affaibli suite au vote sur le Brexit?

- Je suis probablement l’une des personnes les plus optimistes qu’il existe au Royaume-Uni. Les entrepreneurs sont souvent très inventifs après une phase de difficulté. L’émergence des projets fintech entre 2011 et 2015 a été une conséquence directe de la crise financière des années 2008 et 2009. Il y avait un grand nombre d’informaticiens ou de gens issus du secteur financier qui ont décidé de tenter autre chose à ce moment-là. Une armée d’innovateurs s’est lancée dans le domaine de la fintech à la sortie de la crise financière.

Dans la situation actuelle, il y a beaucoup de questions et d’incertitudes liées à la régulation dans le secteur financier. Mais là aussi, de nombreuses start-up se lancent dans le domaine de la technologie liée à la réglementation, ou «RegTech» dans le jargon. La Banque d’Angleterre (BoE) a du reste lancé son propre laboratoire pour les start-up fintech.

- Il ne faut donc pas exagérer l’impact du Brexit sur la place financière de Londres?

- Jusqu’à ce que les relations entre le Royaume-Uni et l’UE soient clarifiées, il y aura bien sûr une phase de turbulence. Mais il ne faut pas oublier deux aspects: d’une part, il y a la taille du secteur des services financiers à Londres qui reste très importante. D’autre part, le Royaume-Uni a toujours été un pays très ouvert pour y faire des affaires. Compte tenu des similarités entre la Suisse et le Royaume-Uni – le poids de leur secteur financier, leur relation avec l’Europe –, je pense que les deux pays n’ont jamais eu autant d’opportunités pour exploiter leurs points communs qu’actuellement.

- Chez Kickstart Accelerator, quelles ont été vos impressions à propos des projets présentés jusqu’à présent?

- La qualité des projets présentés par les start-up a été très supérieure à mes attentes. Sur plus de 850 applications initiales venues du monde entier, 20 start-up ont été sélectionnées pour participer à la phase initiale de Kickstart Accelerator, alors que 10 finalistes seront retenus à l’issue de ce processus.