Fiscalité

«La Suisse a une conception socialiste de l’impôt»

Le millionnaire Nirmal Sethia était de passage à Genève. Fondateur de Newby Teas, l’entrepreneur d’origine indienne déplore les errements gustatifs et les dérives fiscales. Rencontre autour d’une tasse de thé haut de gamme

Nirmal Sethia avait promis de ne pas tenir sa langue. De passage à Genève, le magnat du thé a tenu parole. Entre deux gorgées, le septuagénaire d’origine indienne déplore le déclin d’une tradition millénaire d’un breuvage prévu à l’origine pour les souverains et les errements européens en matière de taxation. Rencontre dans un salon feutré de l’hôtel Beau Rivage où le thé se choisit à la carte. Sans sucre ni lait ajouté, «une dégoûtante habitude».

L’homme d’affaires connaît ses fondamentaux. Fondateur et propriétaire de la marque haut de gamme Newby Teas, il vend du thé depuis plus de cinquante ans. C’est encore tout ému qu’il parle de ses débuts d’apprenti goûteur à Londres alors qu’il n’avait que 14 ans. Aujourd’hui à la tête d’un conglomérat allant de l’impression sécurisée (notamment des billets de banque indiens) à l’électricité ou à la finance, il continue de se présenter comme un simple vendeur de thé. Une activité qui représente 0,5% de ses revenus, mais 50% de son temps.

Une taxation anti-aristocratie

A Londres, Nirmal Sethia bénéficie du statut de résident non-domicilié – ou «non dom» – permettant une imposition sur les seuls revenus de source britannique. Un statut qu’il perdra en 2017, conséquence d’une réforme du gouvernement conservateur. «J’y ai déjà renoncé, corrige-t-il. Je ne veux pas que mes enfants souffrent de taxes exorbitantes. Je veux leur transmettre le peu que j’ai.»

C’est que le millionnaire est remonté contre un système de taxation des successions qui a réduit beaucoup d’aristocraties à néant, en «les forçant à démembrer leur patrimoine au profit de spéculateurs en tous genres». Pour les riches, la nouvelle terre promise s’appelle donc Singapour ou Dubaï. Le nouvel exilé fiscal a, lui, choisi de poser son baluchon dans l’émirat où il connaît «beaucoup de monde». Et où les taxes de succession sont inexistantes.

Nirmal Sethia n’en veut pourtant pas aux conservateurs, simples «relais de l’expression populaire». Après avoir passé 60 de ses 70 années d’existence en Grande-Bretagne, il quitte son pays le cœur léger. Pour certains, son cas illustre les dérives du statut de «non-dom». Pas pour lui. «Il y a 20 ans, ce débat n’existait pas. Les abus, ce sont ceux qui ne paient pas leurs impôts qui les commettent.» Nirmal Sethia a donc décidé d’user de son droit le plus inaliénable. Il laisse derrière lui, sa contribution aux finances publiques – 90 000 livres – payées chaque année «sans broncher». Comme les 5000 autres bénéficiaires du statut de «non-dom».

Négociations infructueuses avec la Suisse

La Suisse? Il y a pensé, affirme même avoir essayé de négocier avec les autorités, notamment sur l’importation de son personnel de maison. Sans succès. «Je suis végétarien, de confession hindoue. Mais on voulait m’obliger à engager du personnel dans l’Union européenne. Le processus d’expatriation m’aurait coûté de 50 à 100’000 francs rien qu’en frais d’avocat.»

Mais ce que Nirmal Sethia déplore par-dessus, ce sont les conditions d’octroi des forfaits fiscaux en Suisse. Impossible de travailler. «Qu’est-ce que je suis censé faire: passer mon temps à distribuer mon argent au gouvernement? Dans ce cas, pourquoi devrais-je changer ma résidence fiscale? C’est une approche socialiste de la taxation.»

Nirmal Sethia a pourtant déjà ses marques à Gstaad où il possède une propriété. Il se plaît en Suisse, malgré l’impossibilité de poser son avion sur l’aéroport de Genève, saturé. «La Suisse c’est le paradis sur terre. Mais parfois il faut se poser autre part tant l’accès est compliqué. Mon heure n’est pas encore venue.»

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