C’est une révision ordinaire, qui a lieu tous les cinq ans. Mais au vu des circonstances tout à fait exceptionnelles de cet exercice 2020, «nous avons pensé qu’il était nécessaire de vous l’expliquer plus en détail». Eric Scheidegger, chef de la Direction de la politique économique au Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco), a donc d’abord laissé la parole au technicien.

Et c’est Philippe Kuttel, responsable des comptes nationaux à l’Office fédéral de la statistique (OFS) qui a commencé la conférence de presse organisée à Berne, lundi matin. Il a notamment rappelé que cette nouvelle méthode s’appuie sur des standards internationaux, et surtout européens. Dans le détail, sur la période allant de 1995 à 2017, le PIB revisité est entre 2,8 et 3,6% plus élevé que sous l’ancien régime. Pour 2017 par exemple, cela représente une différence positive d’environ 24 milliards de francs, à 694 milliards de francs.

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La majeure partie de ces différences sont le fruit d’une meilleure prise en compte de la valeur produite par les centaines de milliers de sociétés de moins de trois personnes que compte le pays. La valeur ajoutée des banques est également en hausse, car «leur présence sur leur marché domestique est plus importante qu’estimé auparavant», selon Philippe Kuttel. Cette révision améliore aussi la «couverture des investissements dans la construction». Concrètement, les statistiques incluent désormais de manière plus précise les travaux ne nécessitant pas de permis de construire, et qui ne sont donc pas officiellement enregistrés.

La pharma, un poids qui soulage

Cette conférence de presse a aussi été l’occasion pour le Seco de faire le point sur l’état de l’économie suisse post-confinement. Même si son ampleur reste historique, la baisse du nouveau PIB est moins prononcée que celle de l’ancien, au deuxième trimestre: -7,3%, contre -8,2% annoncé le mois dernier.

Les activités d’hébergement et de restauration ont chuté de 50%. Les arts, spectacles et loisirs de 39%, les services aux entreprises de 9%… Un seul secteur n’a pas vu rouge dans l’adversité: la chimie et la pharma, dont la valeur ajoutée a augmenté de 0,3% entre mars et fin juin. C’est d’ailleurs grâce à Novartis, Roche, Syngenta, Lonza, Firmenich ou encore Givaudan, ainsi qu’à un semi-confinement moins long qu’ailleurs, que la Suisse fait mieux que l’Allemagne, la France ou le Japon. Et beaucoup mieux que le Royaume-Uni ou l’Espagne, dont les PIB ont chuté d’environ 20% au deuxième trimestre.

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A la question de savoir si cette dépendance pouvait constituer un risque pour l’économie suisse, Eric Scheidegger s’est montré plutôt rassurant. Certes, la chimie et la pharma sont des poids lourds des exportations (47%). Mais, relativise-t-il, c’est aussi le cas pour les importations (25%). Sur le front de l’emploi, leur importance n’est pas aussi élevée que l’on pourrait le penser, a-t-il aussi rappelé. Les deux secteurs comptent environ 70 000 postes de travail en Suisse. Soit 1,3% du total de 5,2 millions d’actifs. C’est autant que l’immobilier ou la construction, mais entre deux et trois fois moins que l’enseignement ou l’hôtellerie-restauration.