Il manque actuellement 10 000 informaticiens en Suisse et la situation ne va pas forcément s'améliorer. Selon l'institut de recherche International Data Corporation, rien que dans le domaine de l'interconnexion de réseaux, il manquera 20 000 spécialistes en 2002. Même si, en comparaison internationale la Suisse n'est pas plus mal lotie que les autres pays européens (voir graphique), le manque d'informaticiens reste tout de même préoccupant. Pour tenter d'inverser la tendance, la société américaine Cisco, qui détient 80% des parts de ce marché, a décidé de réagir. Après avoir obtenu le feu vert de Pascal Couchepin, à l'occasion du Forum de Davos, les responsables de la société ont pris contact avec quelques Hautes écoles spécialisées (HES). Les négociations ont été menées au pas de charge et dès cet automne Genève, Winterthour et Lucerne, seront en mesure de proposer des cours à leurs élèves, mais également à tous ceux qui désirent se spécialiser. La formation de base dure 280 heures et coûte environ 700 francs. Elle sera dispensée par les professeurs des HES qui auront été formés, au préalable, par les spécialistes de Cisco. «La plupart des entreprises travaillent avec nos systèmes d'interconnexion. Nous devions donc trouver une solution pour qu'un nombre suffisant de spécialistes puisse entretenir et développer nos installations», affirme Dominik Obrist, responsable du projet chez Cisco. Les HES comptent bien, elles aussi, tirer parti de l'expérience. «En mettant en place ces cours, nous acquérons de nouvelles compétences technologiques», explique Andreas Raschle, l'un des responsables du projet à la HES de Winterthour. Utile aux deux partenaires, cette collaboration ne risque-t-elle pas de poser des problèmes de déontologie, dans la mesure où des écoles publiques dispenseront une formation adaptée à un produit essentiellement en mains privées? «La déontologie n'en sera pas affectée car nous ne privilégions pas une société au détriment d'une autre. L'enseignement que nous allons dispenser est tout simplement indispensable parce qu'il touche l'ensemble du marché», affirme Christian Serodino, chef du département informatique à la Haute école de gestion de Genève. Dès le 6 septembre, elle accueillera une vingtaine d'étudiants qui suivront le cours de base. Genève voit cependant beaucoup plus grand, puisque la HES entend devenir un centre de formation important pour l'ensemble de la région, en mettant en place des cours de perfectionnement pour spécialistes et en formant les enseignants d'autres établissements. D'ici à quelques années, Cisco envisage en effet de dispenser ses cours dans une soixantaine d'écoles en Suisse.

Solutions à long terme

Très spécialisés, les cours de Cisco ne résoudront pas à eux seuls le manque chronique d'informaticiens. Pour apporter des solutions à plus long terme, la Confédération, qui n'entend pas être marginalisée, a décidé de réagir. Une task force, mise en place par l'Office fédéral de la formation professionnelle et de la technologie (OFFT), qui rassemble toutes les parties concernées, prépare un rapport pour la fin de l'année. Elle devra notamment décider s'il y a lieu de mettre plutôt l'accent sur les formations spécialisées ou alors privilégier la voie traditionnelle, plus généraliste. Dans l'immédiat, l'OFFT a incité les écoles techniques à mettre en place un cours de formation de base d'une année. Dès cet automne sept établissements alémaniques le proposeront. Il sera ensuite dispensé dans toute la Suisse. «Ce cours est destiné aux jeunes qui veulent ensuite suivre une formation dans une HES ou à ceux qui espèrent décrocher une place d'apprentissage», relève Friedrich Grundbacher, responsable des métiers techniques à l'OFFT. La Confédération prévoit ainsi, d'ici à 2001, d'offrir la possibilité à un millier de jeunes de suivre cette formation.

Attendue, cette réaction ne vient-elle pas top tard? «Le développement de l'informatique a surpris tout le monde. On constate d'ailleurs une évolution similaire dans les autres pays», affirme Friedrich Grundbacher. Du côté des entreprises, on ne peut pas dire en tout cas qu'un effort particulier a été fait. UBS, qui emploie 3500 informaticiens, ne forme que 50 apprentis. Au Credit Suisse, on compte 20 jeunes en formation pour 1500 informaticiens. La Zurich assurance travaille avec 6 apprentis sur un total de 400 informaticiens. Quant à la Rentenanstalt, elle n'en compte que 3, soit à peine un pour cent de sa division informatique.