La Chine figure au rang de seconde économie mondiale. En matière de devises, sa monnaie, le renminbi (aussi appelé yuan), sous contrôle du gouvernement, n’occupe en revanche qu’une place marginale. Beaucoup misent déjà sur sa future convertibilité avec d’autres monnaies. D’ici à 2015, un tiers des échanges commerciaux transfrontaliers de la Chine s’effectueront en yuans, ce qui ferait de la devise chinoise l’une des plus utilisées dans le négoce international avec le dollar et l’euro.

«La question n’est plus de savoir si, mais quand le renminbi va devenir une monnaie utilisée globalement», a déclaré Heinrich Siegmann, responsable des marchés financiers internationaux auprès de l’Association suisse des banquiers (ASB), lors de la présentation d’une étude qui a réuni plusieurs experts vendredi à Zurich.

Depuis l’automne dernier, l’association faîtière n’a pas ménagé ses efforts pour promouvoir la place de la Suisse en tant que futur «hub», ou plateforme de négoce pour le renminbi offshore, utilisée pour les échanges hors de Chine. Outre Hong­kong, la concurrence est vive en Europe. Ce printemps, la Banque d’Angleterre a conclu avec la Banque populaire de Chine un accord d’échange réciproque de renminbis et de livres sterling pour un montant équivalent à 30 milliards de francs. Cette semaine, le groupe de promotion de la place financière de Francfort a réaffirmé ses ambitions à ce sujet.

Echange de swaps en projet

Les chances de la Suisse face à ces concurrents de poids? Heinrich Siegmann a rappelé que la Suisse sera le premier pays à conclure un accord de libre-échange avec l’Empire du Milieu sur le Vieux Continent. Autres atouts: la taille des actifs gérés en Suisse (5800 milliards de dollars à fin 2012) et sa place de leader dans le négoce de matières premières.

Jusqu’ici, le règlement et la compensation des transactions en renminbis offshore s’effectuent surtout via Hongkong. A terme, ces transactions pourraient être réalisées plus directement, soit via une banque chargée de la compensation (clearing) en Suisse, soit par le biais d’échange de devises (swaps) entre la Banque populaire de Chine et la Banque nationale suisse (BNS). Cette dernière décision lui incombe entièrement. Etant donné que les grandes banques helvétiques effectuent déjà des transactions en renminbis, qu’apporterait un tel accord en matière de swaps? Selon Rongrong Huo, responsable des activités liées au renminbi pour l’Europe chez HSBC à Londres, un tel accord serait un avantage certain: «Un investisseur qui effectue une opération en renminbis se sentira plus sûr s’il sait que la BNS soutient la transaction», a argumenté la spécialiste.

Les experts présents hier se sont accordés sur le fait que la Suisse a une carte à jouer face à Londres et Francfort, en dépit de la taille supérieure de ces économies. Selon Kerry Goh, chef des solutions d’investissement pour l’Asie chez Julius Baer, il faut distinguer entre l’aspect de la gestion opérationnelle et celui de la liquidité. Pour le premier critère, le fait d’être reconnu comme un centre de compensation pour le renminbi hors de Chine est, certes, un atout important, mais il ne génère pas à lui seul de la liquidité. Concernant le second aspect, la Suisse, malgré sa taille, est aussi bien positionnée que d’autres places financières, a jugé l’expert originaire de Singapour.