Informatique

La Suisse est vue comme un havre pour les données informatiques

Pour le fondateur de Multiven, le pays est un paradis de la cyberdéfense. La neutralité et la sécurité sont perçues comme des atours majeurs

La Suisse est vue comme un havre pour les données informatiques

Informatique Pour le fondateur de Multiven, le pays est un paradis de la cyberdéfense

La neutralité et la sécurité sont perçues comme des atours majeurs

Peter Alfred-Adekeye a créé sa propre société, du nom de Multiven, en 2005. Cet ancien d’IBM et de Cisco se consacre à la maintenance des réseaux internet à un prix moitié inférieur à ceux des producteurs de logiciel, ainsi qu’à la cyberdéfense, à une fraction du coût de l’équipement. Il a créé un réseau d’un millier d’experts privés internationaux et est en train de lever des fonds pour financer son expansion. Son modèle d’affaires est centré sur l’idée d’être le seul acteur au monde offrant un service de défense internet qui soit neutre par rapport aux vendeurs.

Dès le départ, il a pensé aux atouts de la Suisse, «parce que nous insistions sur la confiance issue de la neutralité», déclare-t-il au Temps. A l’époque, il travaillait dans la Silicon Valley. Le message de l’ambassadeur de la Greater Zurich Area en Californie l’a convaincu qu’il s’agissait du «meilleur endroit pour vivre et pour travailler». Peter Alfred-Adekeye déménage donc en Suisse en 2009 afin d’accélérer son expansion.

Les atouts du pays sur la carte internet? «La Suisse n’a pas d’agenda politique caché. Elle n’a aucun lien avec les fabricants de matériel informatique ou de logiciel. Et nous nous sommes nous-mêmes soumis aux lois respectant la protection des données privées. Cela nous aide maintenant, après que Microsoft a été forcé par le gouvernement américain à fournir les données de ses clients», fait-il valoir. Mieux vaut être une entreprise suisse basée en Suisse. «En 2009, nous avons alloué toutes nos données globales en Suisse et n’avons plus aucune donnée hors de Suisse. Nous avons construit notre propre matériel, notre logiciel. Et les services pour le cloud sont en Suisse», explique l’expert. Multiven adopte elle-même un comportement de prudence. «Lorsque nous avons des meetings importants, nous laissons nos appareils dans le bureau et marchons dans la nature pour nous sentir plus en sécurité. Comme Steve Jobs», avance notre interlocuteur.

Gerd Leonhard, futuriste, confirme l’intérêt croissant pour la protection privée des données. Un métier émergera, pense-t-il, qui n’existe pas encore aujourd’hui, celui de manager de la sphère privée. Aujourd’hui, le coût du maintien de la sphère privée, qui consiste en grande partie à éviter d’être tracé par les moteurs de recherche anglo-saxons, est compris entre 2000 et 5000 francs par an.

Les projets sont à un stade plus ou moins avancé. Le suisse Blackphone combine la sécurité, la téléphone mobile et le cryptage. Récompensé par le magazine Red Herring pour son caractère innovateur, il a clairement décidé de se placer en Suisse parce que le pays défend la sphère privée mieux que d’autres. Le moteur de recherche Swisscows, en Suisse alémanique, joue aussi la carte de la discrétion et de la protection des données, comme Green.ch. La capacité de regagner le pouvoir sur ses propres données, et surtout de gérer leur destruction, offre des perspectives intéressantes à la Suisse.

L’atout helvétique n’est pas seulement d’ordre juridique. Il est aussi opérationnel. La scène internet berlinoise, par exemple, est certes plus animée. Mais la Suisse a le double avantage de la neutralité et de la sécurité, selon Peter Alfred-Adekeye.

Comme il n’y a pas de producteur suisse dans ces domaines, le pays est dépendant des producteurs étrangers pour garantir l’intégrité de son réseau internet. «C’est une erreur», selon Multiven. Cette dépendance est surtout américaine. Or, depuis l’affaire Snowden, chacun connaît le risque pour la sécurité de ses données d’être lié aux Etats-Unis.

Dans une économie du savoir, il est crucial de protéger ce dernier. «La défense de la sphère privée sera non seulement maintenue mais elle se renforcera», selon l’entrepreneur. «Si la Suisse a un bon environnement pour ce type de service, elle peut devenir un cluster», avoue l’expert. L’avenir n’appartient ni à l’or ni à l’argent, mais aux data, se dit-il persuadé. «Beaucoup d’étrangers viendront en Suisse pour conserver et protéger leurs données. Des milliers de gens aux intentions néfastes menacent les données. Il y a cinq ans, les gens riaient des histoires d’espionnage. Après Snowden, personne ne rit», observe Peter Alfred-Adekeye.

«Les banques et les entreprises doivent trouver un allié qui garantisse l’intégrité de leur réseau et constate tout défaut que le producteur aimerait garder sous le tapis», insiste l’entrepreneur. La Suisse est connue pour la qualité mondiale de ses ingénieurs. Leur savoir et la propriété intellectuelle qui lui est liée passent sans cesse par le réseau. Quiconque a un accès peut lire les données. «Il est impératif de protéger l’avenir de l’industrie», clame l’ingénieur.

«Il y a cinq ans, les gens riaient des histoires d’espionnage. Après Snowden, personne ne rit»

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