Même en Suisse, l’attachement au cash s’érode. Il représentait l’essentiel des transactions. Désormais, si les espèces restent le premier moyen de paiement, leur avance s’amenuise très nettement. C’est ce que révèle la deuxième enquête de la Banque nationale suisse sur les moyens de paiement, publiée jeudi matin.

Le premier sondage réalisé en 2017 montrait que dans plus de deux tiers des cas (70%), les Suisses préféraient payer en liquide. Le deuxième, conduit en automne dernier, signale un effondrement: les sondés paient en cash moins de la moitié de leurs achats (43%). «Les Suisses italiens, les personnes de 55 ans et plus ainsi que les ménages aux revenus faibles et moyens affichent une préférence supérieure à la moyenne pour le numéraire», note la BNS. A l’inverse, les cartes de débit sont utilisées pour un tiers des transactions (22% en 2017) et celles de crédit pour 13% (5% en 2020).

Mini-transactions

En volume, le cash est même tombé de son piédestal. C’est maintenant la carte de débit qui est la plus utilisée (33% contre 29%), suivie du liquide, dont l’utilisation a été divisée par deux (24%, contre 45%). L’explication est simple: le cash est surtout utilisé pour les transactions toujours plus petites, en dessous de 20 francs, alors que cette limite était encore à 50 francs trois ans plus tôt.

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Reste que les Suisses ne sont pas près de créer une société sans cash: 97% des sondés disent en avoir dans leur porte-monnaie ou à la maison pour régler des achats courants. Ils sont d’ailleurs encore un nombre non négligeable à n’avoir ni de carte de débit (8% de la population en 2020, contre 12% en 2017), ni de crédit (22%, contre 37%).

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Ils thésaurisent en revanche toujours: 70% des personnes interrogées conservent des billets chez eux pour «sa disponibilité immédiate et la prévention des situations de crise». La pandémie avait révélé une augmentation de ces pratiques dans beaucoup de pays. La BNS avait d’ailleurs signalé une hausse du volume des billets en circulation depuis le premier confinement, alors même que les transactions en cash diminuaient. Ce «paradoxe des billets de banque» avait aussi été souligné par la BCE, qui avait fait état d’une progression de 11% de la valeur des billets en circulation l’an dernier.

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En trois ans, «de profonds changements dans l’utilisation des moyens de paiement» sont donc apparus, selon la BNS, qui a fait consigner dans un carnet les paiements pendant une semaine de 2100 personnes pour arriver à une telle conclusion. Les raisons? «La population tend à se familiariser avec les innovations dans les moyens de paiement scripturaux et les apprécie de plus en plus», analyse l’institution dans un communiqué.

Les sondés, qui sont plus nombreux qu’il y a trois ans à détenir une carte de débit, la jugent «plus conviviale et plus rapide que le numéraire». La fonction sans contact a aussi aidé à répandre ce moyen de paiement. De fait, la limite permettant de payer sans entrer un code est passée au printemps dernier de 40 à 80 francs. Les apps de paiement ont aussi reçu un coup d’accélérateur depuis le début de la pandémie: elles étaient utilisées par à peine plus d’une personne sur 10 en 2017, contre près d’une sur deux en 2020.

Accélération

Ensuite, poursuit la BNS, la pandémie est passée par là et a accéléré les changements déjà en cours. Ainsi, un tiers des participants disent avoir «modifié durablement leurs habitudes de paiement et régler davantage par carte à cause de la pandémie». Nombre de commerces demandent à leurs clients de payer autrement qu’en espèces depuis l’irruption du Covid-19, dont on craignait qu’il se transmette via les pièces et les billets. L’inquiétude n’a pas véritablement été confirmée par la science, mais pour le cash, le mal était fait.

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La question que la BNS n’a pas posée est celle de l’opportunité d’un e-franc. Certaines banques centrales développent un moyen de paiement numérique, mais «ce besoin n’existe pas en Suisse, du moins dans un futur prévisible», a affirmé Dewet Moser, membre de la direction, qui présentait l’étude lors d’une conférence de presse.