L’organisation des vacances d’été a tourné aux casse-tête pour les Suisses. Depuis le 15 juin, il est à nouveau possible de partir en vacances dans certains pays européens, ce qui élargit le choix des destinations pour cet été. Les touristes papillonnent sur les sites des agences de voyages, mais semblent encore attendre pour réserver.

«Il leur manque des témoignages de touristes de retour de vacances à l’étranger, en mesure de confirmer que tout s’est bien passé et qu’un séjour peut être envisagé», glisse Bianca Gähweiler, chargée de la communication chez Hotelplan.

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Le voyagiste suisse, qui appartient à Migros, enregistre chaque jour des réservations, mais les niveaux sont sans commune mesure avec ceux observés en temps normal. Il se refuse d’ailleurs à articuler des chiffres, qui permettraient de prendre la mesure de l’évolution, se bornant à signaler que la Grèce, Chypre et le Portugal suscitent notamment un regain d’intérêt.

Réservations à la dernière minute

«Cette année, le modèle opératoire sera clairement le voyage last minute», confirme Stéphane Jayet, membre du comité directeur de la Fédération suisse du voyage (FSV). Egalement à la tête d’une agence de voyages, celui-ci note que les destinations qui se démarqueront sont celles qui réussissent à se profiler comme les plus sûres. L’île de Chypre joue par exemple la carte du tourisme médical: elle s’engage à rembourser son séjour à celui qui contracterait le Covid-19 pendant son séjour.

Conséquence de l’attentisme manifesté par les Suisses, la pression reste grande sur des agences de voyages frappées de plein fouet par la pandémie. Présidente de la Travel Professional Association (TPA), Sonja Laborde juge la «situation catastrophique» après un rapide sondage auprès de trois des membres de son organisation.

«Les affaires n’ont pas repris», constate-t-elle, chiffres à l’appui: «En 2019, une petite agence affichait un chiffre d’affaires de 166 000 francs pour les départs au mois d’août. A l’heure actuelle, ses rentrées seront pour cette période de 5400 francs.» Autre exemple: une société de taille plus importante indique fonctionner actuellement avec 2% de son chiffre d’affaires habituel. «Avec des marges de 10 à 15%, comment voulez-vous survivre?» s’alarme Sonja Laborde.

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A l’instar de Stéphane Jayet, elle souligne que l’incertitude qui prévaut devrait profiter à des «professionnels qui disposeront des bons renseignements et feront tout pour rapatrier les voyageurs au besoin».

Bétonner ses conditions d’annulation

Pour devoir être rapatrié, il faut être parti. De plus en plus de voix font état de fréquentes suppressions de vols. Dans les cas où l’annulation n’est pas due à des circonstances extraordinaires, les personnes qui en font les frais ont droit à une indemnité, en plus du remboursement de leur billet, signale Marine Stücklin, responsable droit et politique au sein de la Fédération romande des consommateurs (FRC).

«Pour éviter toute perte pour le reste du séjour, il faut bien vérifier et négocier les conditions d’annulation de son hôtel ou d’une voiture avant de la louer», précise-t-elle. La juriste met également en garde contre les discrets changements apportés aux polices d’assurance pour exclure les épidémies et les pandémies du champ de couverture.

En vertu de la loi sur les voyages, rappelle Marine Stücklin, les séjours forfaitaires annulés par l’agence doivent être remboursés. La FRC relève toutefois que beaucoup de clients peinent actuellement à récupérer leur mise: «Si on opte pour une agence de voyages, indique-t-elle toutefois, il est en tout cas conseillé de vérifier que celle-ci soit affiliée à un fonds de garantie qui la suppléera en cas de faillite.»

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L’organisation d’un voyage à l’étranger relevant du parcours du combattant, beaucoup pourraient finalement opter pour des vacances à la maison. «La Suisse que beaucoup jugent chère, observe Sonja Laborde, se prête particulièrement aux sauts de puce, aux excursions d’un jour.»