Depuis les débuts de la Bourse électronique suisse en 1995, l'activité de négoce (trading) a généré une forte demande de technologies spécialisées. Développées pour les salles de marchés des banques, elles évoluent aussi avec la multiplication des plateformes de courtiers en ligne pour semi-professionnels et grand public, comme Swissquote, Tradejet, ou E-Sider.

Qui sont les leaders de ces systèmes? En Suisse, les britanniques Sungard et Reuters, l'américain Tibco, et le danois Saxo Bank figurent parmi les classiques. «Seuls les leaders mondiaux ont les moyens d'adapter fréquemment les outils en raison de leur diffusion mondiale», observe Fabien Duteil, responsable Business Development chez Partners Advisers à Genève.

La semaine dernière, la banque genevoise Synthesis a lancé sa plateforme TradingFloor pour les comptes dès 15 000 francs. Elle s'appuie sur le système Saxotrader du danois Saxo Bank.

Dans trois mois, la société genevoise Isys, qui travaille en partenariat avec Reuters, mettra en ligne une plateforme de trading destinée aux clients des banques partenaires.

Les gros fournisseurs se spécialisent dans le marché pointu du front-office et back-office des banques (site web, contrôle de couverture, négociation-compensation, routage électronique d'ordres). Un secteur porteur: l'informatisation croissante des flux d'achat et de vente permet de réduire les coûts du négoce et de minimiser le risque opérationnel qu'impliquait le traitement manuel.

Tendance à la «mutualisation»

Dans les banques, les salles de trading constituent un différentiateur clé: le front-office doit augmenter les revenus, tandis que le back-office doit viser les économies d'échelle.

La banque saint-galloise Wegelin, installée depuis peu à Lausanne, utilise la solution Apsys de Sungard. Quatre petites banques privées lui sous-traitent leur middle et back-office pour réduire leurs coûts. «La tendance est à la «mutualisation» des fonctions du back-office», affirme Christophe Hubschmid, directeur général d'Unicible. Le leader romand des services informatiques centralise entre autres le back-office pour la BCV, la BCGe et la Banque Cantonale de Neuchâtel.

Face aux géants du secteur, «les fournisseurs suisses n'ont de chances de réussir qu'en se trouvant une niche précise, par exemple dans les devises, futures, ou obligations», note Panagiotis Spiliopoulos, analyste chez Vontobel. C'est le cas du Genevois Realtime Forex. Le vaudois Teleinvest a malgré tout réussi à asseoir sa réputation sur ce marché exigeant (voir ci-dessous).

Le marché suisse des solutions bancaires globales, dominé par les genevois Temenos et Eri Bancaire, le zurichois Avaloq et l'argovien Finnova, reste axé sur les outils d'analyse de portefeuille, de gestion de fortune ou de banque universelle. «La partie front-office de leurs produits n'est souvent pas assez sophistiquée», note Panagiotis Spiliopoulos.

Les grandes banques développent quant à elles des solutions maison. UBS et Credit Suisse, comme leurs rivales de Wall Street, sont très actives dans le trading «nostro», c'est-à-dire pour leur propre compte. Elles développent à l'interne les applications les plus pointues. «Dès qu'il s'agit d'activités «nostro», il faut des systèmes plus complexes, qui ne laissent que très peu de place aux petits éditeurs», observe Fabien Duteil. Si le back-office est de plus en plus sous-traité, le front-office est plus délicat: «Des activités comme le hedging dynamique ou le négoce de warrants, surtout pour compte propre, sont toujours internalisées», souligne Panagiotis Spiliopoulos.

Le futur? Le vrai potentiel réside peut-être dans le marché des intégrateurs, qui créent des passerelles pour faire communiquer les technologies existantes. Fabien Duteil rappelle qu'Unicible est passée du développement de services global à l'activité d'intégration, tout comme Swisscom sur le marché suisse-alémanique. Sa filiale Swisscom IT Services s'est positionnée comme exploitant et intégrateur notamment pour Avaloq et Finnova.