Novembre, le mois où l’or surfera avec les 2000 dollars l’once? Les traders du métal jaune sont en tout cas les plus haussiers depuis dix semaines: les deux tiers des analystes consultés par l’agence Bloomberg vendredi s’attendent à ce que le prix du métal précieux (1696,22 dollars l’once vendredi) prenne de la hauteur «ces prochaines semaines». Selon eux, les politiques monétaires des principales banques centrales laissent penser que la fin de l’année pourrait être dorée.

Pour l’instant, les résultats des géants mondiaux du secteur se font encore l’écho de la baisse des derniers mois. Barrick Gold ou Newmont ont tout deux annoncé cette semaine des résultats inférieurs aux attentes.

Basée à Phoenix, Arizona, mais cotée à Zurich depuis 2002, International Minerals Corp (IMZ) a de son côté annoncé vendredi avoir relevé ses prévisions de production dans ses mines du Nevada.

Cette petite société – qui prévoit 30,4 millions de dollars de bénéfice avant impôts en 2012 – compte environ 300 employés et possède des mines uniquement en Amérique (Pérou et Nevada). «L’or va dépasser les 2000 dollars l’once d’ici à la première moitié de 2013», pronostique son patron, Stephen Kay.

Le Temps: Pourquoi avoir choisi une cotation en Suisse?

Stephen Kay: Vous rappelez-vous du scandale lié à Bre-X? [en 1997, des rumeurs de découverte d’un filon aurifère en Indonésie ont fait bondir la capitalisation boursière de la petite société canadienne Bre-X, conduisant à la ruine des actionnaires quand il s’est avéré que les pépites n’étaient que virtuelles, ndlr]. A l’époque, il a jeté le discrédit sur toutes les petites compagnies aurifères présentes sur les bourses canadiennes. De plus, entre 1998 et 2001 – quand l’or était à 250 dollars l’once –, en levant des capitaux dans toute l’Europe, notre base d’actionnaires s’était progressivement déplacée du Canada vers la Suisse. C’est donc naturellement qu’en 2002, nous sommes entrés à la bourse de Zurich. Depuis août 2009, nous avons intégré le Swiss Performance Index (SPI).

– Vous envisagez de rester à Zurich?

– Oui, nous n’avons aucune raison d’en partir. Les Suisses ont toujours été de fervents amateurs d’or. Et à Londres, les investisseurs n’ont pas vraiment d’intérêt pour nos activités en Amérique du Sud. La bonne nouvelle, c’est que nous sommes la plus importante compagnie minière à être cotée en Suisse. La mauvaise, c’est que nous sommes la seule.

– Vous êtes actif au Pérou et au Nevada tout en vous débarrassant progressivement de vos mines en Equateur. Pour des raisons politiques?

– Non, c’est plutôt à cause de la fiscalité et des nouvelles méthodes de taxation contenues dans la loi régulant l’industrie minière. Depuis 2009, l’Equateur possède une législation inhabituelle, qui ponctionne par exemple 70% des profits des compagnies minières au-dessus d’un certain prix par once. En outre, les contrats d’exploitation avec le gouvernement sont négociés sur des prix fixes, qui n’évoluent pas avec le cours des métaux. C’est un système punitif.

– Le ralentissement de la croissance chinoise, une source d’inquiétude?

– Ce n’est pas un problème en ce qui nous concerne. Les Chinois et les Indiens vont continuer d’acheter de l’or. Le ralentissement touche davantage des producteurs de cuivre ou de zinc. Pas les métaux précieux. En raison du ralentissement de l’économie, le prix du fuel, de l’acier, du cuivre et des équipements de forage vont diminuer, ce qui constitue plutôt une bonne nouvelle pour les producteurs de métaux précieux comme IMZ.

– Un pronostic sur le prix de l’or?

– Il va dépasser les 2000 dollars par once d’ici à la première moitié 2013. Plus loin, d’ici quatre-cinq ans, je pense qu’il peut dépasser les 3000 dollars l’once. Il ne peut en revanche guère descendre en dessous d’un cours plancher qui est celui du coût total de production d’une once et qui se situe aujourd’hui à 1100 dollars. Ce serait en tout cas la catastrophe pour bon nombre de sociétés minières.

– Les élections américaines peuvent-elles avoir un impact sur le marché de l’or?

– Si Barack Obama est élu, je ne pense pas. En revanche, si Mitt Romney accède à la Maison-Blanche, les tensions avec l’Iran et la Chine pourraient s’accentuer. En outre, si par exemple la Chine venait à vendre ses réserves de dollars, le billet vert s’affaiblirait, ce qui provoquerait un renforcement de l’or. Mais ce ne sont que des spéculations…