Immobilier

Les Suisses paient jusqu’à 3000 francs par an en trop pour leur hypothèque

Lors du renouvellement d’un emprunt hypothécaire, sept romands sur dix ne comparent aucune offre issue d’établissements tiers, observe une étude de MoneyPark

«Si l’on observe à quel point les Suisses sont actifs pour comparer chaque année les prix des différentes caisses maladie et le peu d’effort qu’ils consacrent pour évaluer les offres lors du renouvellement d’hypothèques, il y a de quoi être un peu étonné», estime Stefan Heitmann, fondateur et directeur de MoneyPark, une plateforme de conseil de produits financiers, notamment dans les hypothèques et les produits de prévoyance. Un comportement qui le surprend d’autant plus au vu de l’importance des frais susceptibles d’être économisés, de l’ordre de 2000 à 3000 francs par année et par dossiers.

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Des clients très loyaux

Dans tous les cas, les Suisses sont extrêmement loyaux avec leur établissement bancaire lorsqu’il s’agit de renouveler un prêt immobilier. Selon un sondage que la société a réalisé avec l’institut GFK, près de 84% des Romands ont renouvelé leur prêt auprès de leur banque habituelle, une proportion qui s’élève même à plus de 86% chez les Alémaniques. Des deux côtés de la Sarine, les emprunteurs hypothécaires sont peu assidus lorsqu’il s’agit de comparer les conditions proposées entre établissements: 26% des Romands ont fait l’effort de chercher entre 1 à 3 offres, alors qu’ils sont seulement 4,1% à avoir consulté quatre offres ou plus. Les proportions sont relativement similaires en Suisse alémanique, avec des taux de 30,7% et de 2,8% respectivement. Dans les deux régions linguistiques, plus des deux tiers des clients ne cherchent aucune offre comparative.

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Comment expliquer cette passivité? Curieusement, moins de 8% des sondés évoquent un manque de temps ou d’envie de comparer des offres. La raison principale évoquée (55%) est la confiance qu’ils accordent au fait que leur banque leur ait accordé une bonne offre. Une perception complètement erronée, juge Stefan Heitmann. Au contraire, il constate que les banques ne soumettent des propositions plus avantageuses à leurs clients que lorsqu’elles voient que ceux-ci ont effectué des comparaisons auprès d’autres établissements. «Souvent, les banques proposent de meilleures offres aux nouveaux clients qu’à leurs anciens clients, même si elles encourent moins de risques avec les seconds, étant donné qu’elles connaissent mieux leur profil», ajoute-t-il.

Un «cadeau» de 1,5 à 2 milliards par an

En partant du principe que si chacun des quelque 680 000 emprunteurs hypothécaires en Suisse qui ne prennent pas la peine de comparer des offres paient en moyenne entre 2150 et 2800 francs de trop par an par rapport aux prix qu’ils pourraient obtenir, l’étude de MoneyPark évalue entre 1,5 et 2 milliards de francs le «cadeau» offert par leurs clients à des banques. De plus, si l’on tient compte d’une durée moyenne de 6,5 ans, on peut estimer que les ménages qui ne prennent pas la peine de comparer paient entre 14 000 et 18 000 francs en trop à leur établissement pour une hypothèque.

De nouveaux entrants sur le marché

Malgré tout, Stefan Heitmann anticipe un changement dans le comportement des clients pour plusieurs raisons liées à l’évolution du marché. Il cite la concurrence accrue à laquelle se livrent certaines banques cantonales qui sortent de leur marché d’origine, par exemple en proposant des offres hypothécaires en ligne. S’y ajoute le rôle croissant joué par des sociétés de conseils comme MoneyPark ou d’autres intermédiaires dans ce domaine. Enfin, il y a aussi les assurances qui proposent des prix souvent très concurrentiels, surtout pour les emprunts d’une durée de 7 à 10 ans, tout comme le fait que certaines caisses de pension accordent aussi des prêts à des personnes qui ne comptent pas parmi leurs assurés. «La combinaison de tous ces facteurs finira par avoir une influence sur le marché. C’est une bonne nouvelle pour les emprunteurs», conclut-il.

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