«Le client se moque des frais. Ce qu'il veut, c'est de la performance. Pourquoi ferions-nous alors un effort sur nos coûts?» Ce témoignage d'un conseiller à la clientèle d'une banque régionale, recueilli au salon Investissima qui se tenait la semaine dernière à Lausanne, illustre assez bien l'attitude de nombreux établissements. Les fonds de placement constitueraient un produit miracle dont le prix n'aurait pas d'importance pour le client. Il faut dire qu'entre les frais de gestion, les frais de garde des titres ou encore les frais administratifs, l'investisseur a de quoi s'arracher les cheveux pour savoir combien il paie chaque année la banque qui gère ses fonds. La situation change pourtant, progressivement. Depuis le 1er janvier, l'Association suisse des fonds oblige ses membres à publier le TER. Ce Total Expense Ratio constitue une synthèse de l'essentiel des frais annuels à la charge de l'investisseur. Standardisé, il permet de comparer les coûts des quelque 4700 fonds distribués en Suisse.

TER? «Jamais entendu parler.» Dans les allées du salon des investisseurs romands, les visiteurs ne semblent effectivement pas porter attention aux charges qu'ils paient pour détenir des parts de fonds. Plus surprenant, plusieurs représentants de banques ignorent eux-mêmes l'existence du TER. Une relecture attentive de leurs prospectus leur fait découvrir la présence des trois lettres et du chiffre qui les accompagne. «En fait, le client nous fait confiance, et nous n'avons jamais à aborder cette question des coûts», confie un gestionnaire.

Pourtant, l'attitude des investisseurs suisses évolue, peu à peu. «Il y a encore cinq ans, nos clients se mettaient sur leur 31 pour venir nous voir. Aujourd'hui, certains peuvent débarquer en short et se montrer pointilleux sur ce que nous facturons, explique cette chargée de relations avec la clientèle grand public d'une banque à Lausanne. Ils commencent à faire la tournée des établissements avant de se décider à investir.»

De leur côté, les grandes banques prônent la transparence, sans en faire un argument commercial. «Nous publions les frais depuis déjà plusieurs années, en particulier via notre site Internet Fundlab.com, assure Jean-Paul Darbellay, porte-parole de Credit Suisse Private Banking. Le développement de publications spécialisées sur les fonds stimule en outre la vigilance des détenteurs de parts.» Attitude similaire chez UBS, qui publie également un «all-in-fee», sorte de TER élargi, pour offrir le plus de transparence aux clients, explique une porte-parole.

La sévère correction des marchés en 2000, 2001 et 2002 a aussi réveillé les esprits. Car les détenteurs de parts ont continué à payer des frais même si leurs fonds perdaient de l'argent. La Banque Robeco construit d'ailleurs une partie de son argumentation sur sa politique tarifaire. «En fixant des TER les plus bas possibles, nous montrons à nos clients que nous ne cherchons pas à profiter d'eux», avance Andrew Aeschbach, responsable suisse de la banque hollandaise Robeco.

Comme le montre l'étude menée par Fitzrovia, un institut londonien spécialisé dans la comparaison des frais (lire infographie), la comparaison des TER pour les fonds actions en vaut la peine, car ils varient fortement d'un établissement à l'autre. «Les nombres semblent petits, 1% ou 2%, mais ils augmentent continuellement et comptent de plus en plus à mesure que les rendements espérés ne visent plus les 10% par an minimum mais des chiffres plus modestes, 5 ou 6%», relève Ed Moisson, directeur associé de Fitzrovia.

Cet exercice comparatif s'avère d'autant plus indispensable que les gérants de fonds peinent à faire ce pourquoi ils sont payés: battre le marché. Selon les statistiques de Lipper (LT du 27.01.04), sur les 70 fonds investis en actions suisses, par exemple, seuls 16 sont parvenus à faire mieux que le SMI en 2003. De même, 40 fonds investis en actions américaines sur 174 ont réussi à battre le S & P 500. Une sous-performance maintes fois mise en évidence par les travaux académiques.

L'arrivée, ces dernières années, de fonds indiciels très peu coûteux, les Exchange Traded Funds (ETF, lire ci-dessous), souligne encore davantage l'importance de la comparaison des TER, dont la commission de gestion représente la plus grande part. Ces ETF n'offrent aux investisseurs que la performance des indices qu'ils répliquent. Ni plus ni moins. Mais pour des commissions ridicules. L'ETF de Credit Suisse, qui se calque sur le SMI, ne coûte ainsi que 0,35% par an aux investisseurs, contre nettement plus de 1% (soit trois fois plus), pour les fonds traditionnels. «Nous ne proposons jamais d'ETF à nos clients, admet le gestionnaire d'une banque régionale. Ils sont trop peu rémunérateurs pour nous.»