Etude

Les Suisses sont les plus progressistes, vraiment?

COMMENTAIRE. Credit Suisse a publié un baromètre dans lequel des citoyens disent les domaines dans lesquels ils aimeraient voir leur pays progresser, qu’il s’agisse d’économie, de politique ou de société. Quitte à les faire passer pour plus progressistes qu’ils ne le sont en réalité

A en croire Credit Suisse, les Suisses font honneur au fondateur de la banque, Alfred Escher. Comme cet ingénieur à l’origine de l’EPFZ, également politicien et pionnier des chemins de fer, ils n’ont pas peur des grands projets. Dans un sondage sur leur vision du progrès, présenté mercredi à Zurich, ils sont avant tout d’accord sur un point: le pays doit développer un réseau de transport souterrain, qu’il s’agisse de métros ou du projet Cargo Sous Terrain.

«Comme à l’époque d’Escher, l’engouement très fort pour la circulation souterraine peut être interprété comme une expression de la confiance en soi des Suisses pour ce qui est de la réalisation de projets de construction de grande envergure», se réjouit Credit Suisse dans son communiqué. «Toutefois, il dénote également le désir de soulager, grâce à des infrastructures modernes, le stress lié à la densité de population au sein d’une société en pleine croissance.»

Question de formulation

Credit Suisse publie plusieurs sondages depuis des années, notamment sur les préoccupations des Suisses, mais c’est la première fois que la banque s’est penchée sur leur vision du progrès, qu’il soit économique, politique ou social. Ce dernier baromètre a été créé notamment pour célébrer le 200e anniversaire d’Alfred Escher, qui aura lieu en février prochain.

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Les Suisses passent pour particulièrement progressistes. Or il est permis d’en douter. Tout est question de formulation. Car telle que posée dans le sondage, la question n’appelle pas vraiment d’autre réaction que l’enthousiasme. Dans le fond, qui n’a pas envie de désengorger le traffic routier ou ferroviaire, de se déplacer rapidement et facilement? On peut aisément imaginer que l’engouement ne serait pas aussi large si les coûts du développement de telles infrastructures étaient articulés. Et les avis nettement moins unanimes sur la façon de les financer. Et au détriment de quoi.

Comparaison internationale

Responsable Corporate & Investment Banking Suisse de Credit Suisse, Didier Denat admet que «la population pourrait avoir une perspective différente à ce moment-là [si les projets sont chiffrés] car cela risque d’être coûteux et long à mettre en place…». Mais il défend néanmoins le principe: «Je trouve fascinant que le peuple suisse soit prêt à considérer la chose et que ce soit une priorité pour tous les segments de la population. Je ne pense pas que beaucoup d’autres pays auraient la même perspective. Pensez par exemple au débat à l’époque de la création du canal de Suez ou de l’Eurotunnel…»

Une même impression se dégage d’autres points saillants du sondage. Ainsi, les Suisses – ils ont été quelque 3200 à répondre, dont 300 «leaders d’opinion» – veulent du progrès dans les questions sociales. En particulier dans le domaine de l’égalité des genres et des droits des homosexuels. Mais souhaitent-ils des mesures pour réduire les écarts de salaires? Et qu’est-ce que signifie «réinventer la roue du progrès pour accélérer cette évolution» par rapport à «accélérer la roue» (qui existe déjà) ou la laisser tourner «comme dans le passé»? Que dans un cas on est pour le mariage pour tous seulement et dans l’autre également pour l’adoption par des couples homosexuels?

Le sondage ne le dit pas. Mais les Suisses peuvent passer pour plus progressistes qu’ils ne le sont en réalité. D’autant que Credit Suisse fait aussi une comparaison internationale dans laquelle ils sortent en tête des pays développés les plus progressistes. Sûrement grâce à leur train souterrain.

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