Technologie

Pourquoi des Suisses s'opposent à la 5G

Ce vendredi sera organisée à Berne la première manifestation contre la 5G. A l'origine de ce mouvement, Tamlin Schibler Ulmann explique les motivations de son comité

Swisscom, Sunrise et Salt découvrent cette semaine leur visage. Le comité STOP5G organise ce vendredi une manifestation sur la Waisenhausplatz à Berne de 18h30 à 20h30. Et c’est Tamlin Schibler Ulmann, mère de famille habitant Yverdon, qui est à l’origine de la création de ce comité qui lutte contre la 5G. Très actif sur les réseaux sociaux, le comité STOP5G réunit plusieurs scientifiques qui veulent mettre en garde sur les risques que ferait courir cette nouvelle génération de réseaux mobiles.

A la base, Tamlin Schibler Ulmann se dit «favorable à la technologie, dès lors qu’elle respecte le vivant. Mais pour qu’elle soit utilisée de manière raisonnée.» Et avec des précautions. «Quand je n’utilise pas mon téléphone, il reste sur «mode avion». Je n’ai pas installé de wifi chez moi pour protéger mes enfants, mon ordinateur est relié à internet via un câble. Et j’utilise un téléphone fixe doté d’un cordon», détaille-t-elle. Il y a quelques mois, cette traductrice de métier entend parler de la 5G. «Je ne suis pas scientifique, mais j’ai tout de suite senti qu’on allait trop loin, poursuit-elle. J’ai l’impression que les autorités n’écoutent pas les appels à la prudence lancés par des scientifiques et des médecins. Et cela m’inquiète beaucoup.»

«Impact environnemental important»

Tamlin Schibler Ulmann ne se préoccupe pas seulement des ondes générées par la 5G. «Pour moi, il est essentiel de prendre soin du vivant, de notre environnement. Cette nouvelle technologie aura un impact environnemental important. Et je constate que les milieux économiques ne tiennent pas du tout compte de cela.»

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Il y a quelques semaines, la mère de famille s’entoure de plusieurs personnes sensibles à ses arguments. Ensemble, ils organisent une conférence à Yverdon pour parler des dangers supposés de la 5G. «Environ 80 personnes s’étaient inscrites sur Facebook, 300 sont venues. Si nous pouvions réunir 1000 personnes vendredi pour notre manifestation à Berne, ce serait formidable.» Pour l’heure, environ 400 personnes se sont annoncées comme «participantes» sur Facebook et 2000 «intéressées». La mention de la manifestation a donné lieu à plus de 1200 partages sur le réseau social.

«Ce groupe n’est pas neutre»

Une manifestation à Berne, dans quel but, au fait? «Je trouve incroyable que les opérateurs commencent à activer la 5G alors qu’un groupe de travail mène, sous l’égide de la Confédération, une étude sur la nocivité de cette technologie. On fait les choses totalement à l’envers. Il faut stopper toute construction d’antennes 5G avant que des études indépendantes soient publiées à ce sujet», affirme Tamlin Schibler Ulmann. Sera-t-elle satisfaite des conclusions qu’un groupe de travail, chapeauté par l’Office fédéral de l’environnement, publiera cet été? «Non, cela ne nous convient pas. Ce groupe n’est pas neutre. Il est influencé par les lobbies des opérateurs et est dirigé par la Confédération qui non seulement a vendu les licences 5G, mais qui en plus possède la majorité du capital de Swisscom…» Le comité STOP5G exige donc que d’autres études indépendantes soient menées.

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De manière plus générale, le comité STOP5G s’interroge sur les bienfaits de cette technologie. «Des sondages ont montré que la majorité des Suisses ne voit pas d’intérêt à la 5G, poursuit Tamlin Schibler Ulmann. Nous estimons que les moyens de connexion actuels sont largement suffisants. Et n’oublions pas que toute nouvelle technologie génère davantage de déchets électroniques. Nous ne voyons vraiment aucun avantage à la 5G.»

«Effets biologiques»

Au sein du comité STOP5G se trouve notamment Olivier Bodenmann, ingénieur EPFL en électricité, et expert en électrosmog. Que répond-il à l’argument que les fréquences de la 5G sont extrêmement proches de celles utilisées pour la 3G et la 4G? «Ce n’est pas exact, affirme-t-il. La fréquence 3,8 GHz sera utilisée pour la 5G, et elle n’est aujourd’hui pas en fonction et l’on ne connaît pas ses effets sur l’organisme. Je reconnais que la modulation sera la même que pour la 4G, mais nettement plus de données seront acheminées, il y aura donc davantage de paquets transmis. Ces basses fréquences ainsi générées ont des effets biologiques avérés. Un spécialiste de ces questions, Enrico Stura, sera d’ailleurs présent à la manifestation du 10 mai à Berne pour en parler.»

Olivier Bodenmann exige ainsi lui aussi la création de groupes d’experts indépendants. «Le travail de la Confédération est douteux quant à son impartialité, vu que d’une part les fréquences ont déjà été vendues aux opérateurs et que d’autre part les effets biologiques (non thermiques) des ondes électromagnétiques ne sont toujours pas pris en compte, contrairement à ce que demande la résolution N° 1815 du Conseil de l’Europe, qui recommande 0.2V/m. Les normes actuelles datent de dizaines d’années et ont été établies par l’industrie. Elles ne prennent que les effets d’échauffement en compte», poursuit-il.

Utilité de la 5G en question

L’ingénieur se pose également la question de l’utilité de la 5G. «A quoi pourront servir des débits plus importants? La 4G est largement suffisante pour l’immense majorité de la population. La 5G a surtout été inventée pour nous faire consommer davantage, nous obliger à acheter de nouveaux smartphones… Cela n’a aucun sens.»

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