Ils sont moins connus, mais peut-être seront-ils plus efficaces. Il y a quatre ans, les frères Winklevoss – ceux-là même qui s’en étaient pris à Mark Zuckerberg, l’accusant de leur avoir volé l’idée de Facebook – préparaient un fonds pour investir en bitcoin. Cet ETF (fonds indiciel) permettait de profiter plus facilement de la hausse de la crypto-monnaie sans devoir l’acheter directement.

En mars dernier, pourtant, le gendarme financier américain, la SEC, a mis fin à leur espoir en refusant l’autorisation du fonds. Notamment parce que les marchés les plus importants du bitcoin ne sont pas régulés. L’intérêt était tel que cette annonce a suffi à faire chuter le bitcoin de près de 20%.

Demande croissante des investisseurs qualifiés

A Zoug, dans la «Crypto Valley», un nouvel acteur pense pouvoir faire mieux et proposer un fonds d’investissement dans les crypto-monnaies (bitcoin, mais aussi ether, ripple ainsi que d’autres monnaies qui émergent). «Contrairement à l’ETF des Winklevoss, nous utilisons une structure de fonds qui a fait ses preuves, où le gérant, la société et la banque dépositaire sont légalement séparés», explique Jan Brzezek, directeur général de Crypto Fund.

Le Crypto Fund sera basé sur un indice des crypto-monnaies qui n’a pas encore été choisi, il sera «très diversifié» et veut répondre à la «demande croissante des investisseurs qualifiés pour une passerelle régulée et transparente vers les crypto-monnaies». Non coté, il s’adresse exclusivement à des investisseurs qualifiés.

Discussions avec la Finma

Des discussions sont déjà en cours avec la Finma, l’autorité suisse des marchés financiers, pour faire approuver le véhicule, assure la société. Elle deviendrait ainsi la première à proposer un fonds réglementé dans ce domaine. Crypto Fund espère pouvoir se lancer d’ici au quatrième trimestre de cette année. Elle pense pouvoir récolter «100 millions d’euros d’actifs sous gestion au cours des douze premiers mois», explique Jan Brzezek. «Mais si la croissance reste la même qu’actuellement, nous atteindrons cet objectif bien avant. Le fonds n’a pas de somme maximum, mais notre but est d’atteindre trois milliards d’ici à trois ans», précise-t-il. Avant de nuancer: «Il faut être très prudent dans un marché aussi nouveau et volatil, mais je pense que son adoption par toujours plus d’investisseurs professionnels va aider à le stimuler.»

Le fonds compte déjà sur des investisseurs s’étant engagés à placer dix millions, auxquels s’ajoutent dix millions supplémentaires au moins d’autres acteurs qui ont promis d’investir mais n’ont pas encore signé les documents.

Jan Brzezek s’est spécialisé dans les monnaies numériques, notamment à UBS, où il a été nommé expert en innovation du groupe. Deux spécialistes de la finance et de la fintech le conseillent: Tobias Reichmuth, président du conseil d’administration, et Marc Bernegger. Crypto Fund promet que d’autres banquiers les rejoindront et seront annoncés prochainement.

L’atout des montagnes suisses

Pour Marc Bernegger, il est «important de souligner que la Suisse, avec sa bonne réputation dans la gestion d’actifs et la stabilité de la réglementation, a déjà accepté les monnaies virtuelles comme une classe d’actifs. En outre, les montagnes suisses offrent des entrepôts sûrs et déjà testés pour les actifs numériques.» Nombre de bunkers ont en effet été reconvertis en centres de stockage de données ultra-sécurisés.

Depuis le début de l’année, le bitcoin et les autres monnaies enchaînent record après record. Un bitcoin s’échangeait lundi en fin de matinée contre 2931 dollars, après un plus haut historique quelques heures plus tôt à 2975 dollars. Mais c’est l’ether qui a effectué la performance la plus spectaculaire cette année, passant de 8 dollars en début d’année à 379 dollars lundi.

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