politique monétaire

Suite à l’abandon du taux plancher, la bourse suisse plonge de 8,67%

La Banque nationale suisse (BNS) a décidé jeudi d’abolir le cours plancher de 1,20 franc pour 1 euro, en vigueur depuis le 6 septembre 2011. Elle abaisse aussi le taux d’intérêt de référence à -0,75%. La bourse suisse dégringole de 7% et a cloturé sur une baisse de 8,67%. La chute de l’euro pourrait faire perdre jusqu’à 50 milliards de francs à la BNS. La délégation économique du Conseil fédéral se réunit d’urgence cet après-midi, une communication est attendue pour 18h00

Mise à jour 18h00: la bourse suisse a cloturé sur une baisse de 8,67%

Le cours de 1,20 franc par euro, c’est fini. Dans un communiqué diffusé jeudi matin, la Banque nationale suisse (BNS) a annoncé avoir mis fin au seul minimal de 1,2 franc par euro, introduit en septembre 2011. La valeur de la monnaie helvétique reste certes «à un niveau élevé » mais sa « surévaluation s’est dans l’ensemble atténuée », a indiqué la BNS. Et de citer aussi le net affaiblissement de l’euro par rapport au dollar pour justifier cette décision. L’économie a pu profiter de cette phase pour s’adapter à la nouvelle situation, relève la banque centrale. L’introduction du cours plancher est survenue dans une période d’extrême surévaluation du franc et de très forte incertitude sur les marchés financiers, explique la BNS. Cette mesure «exceptionnelle et temporaire a préservé l’économie suisse de graves dommages», estime-t-elle.

Des taux encore plus négatifs

En parallèle, la BNS adapte, une nouvelle fois vers le bas, le loyer de l’argent. La marge de fluctuation du Libor à trois mois est désormais comprise entre – 1,25% et -0,25%, au lieu de la fourchette précédente de -0,75% et 0,25%. Récemment, les pressions s’étaient accentuées sur le cours plancher. Même après l’annonce de l’introduction des taux d’intérêt négatifs en décembre, le seuil plancher avait été testé juste après Noël.

Bond du franc, chute de la bourse

La réaction des marchés a été brutale. Immédiatement, la devise helvétique s’est appréciée peu avant 11 heures vers 1,16 franc par euro, contre plus de 1,20 franc avant l’annonce de la décision. Ensuite, il a frôlé la parité, pour évoluer à 1,05 franc par euro, soit une appréciation de près de 13% contre la monnaie européenne. Contre le billet vert, il est retombé à 0,88 franc (13,5%), après 1,02 franc par dollar vers 10h30. Le franc s’est même apprécié de plus de 7% contre le yen. Avec cette décision, la BNS risque d’accuser de lourdes pertes, elle qui détient plus de 170 milliards d’euros dans son portefeuille. Les analystes d’UBS ont calculé que le passage de l’euro de 1,20 à 1 franc devrait lui faire perdre 40 à 50 milliards de francs. Une telle déconvenue effacerait d’un seul coup le gain réalisé en 2014, de l’ordre de 38 milliards de francs.

Les marchés «en mode panique»

«Le marché n’avait clairement pas anticipé cette décision. La vaste majorité des positions avec effet de levier étaient positionnées à la hausse sur l’euro contre franc », observe Andreas Ruhlmann, analyste chez IG Bank. Qu’attendre pour la suite ? «Les marchés sont clairement en mode panique », poursuit-il. Selon lui, la BNS va maintenant changer de stratégie pour mettre en place une nouvelle approche qui va mieux refléter les conditions réelles du marché, en recourant à un panier de devises (dollars, livres, yuans) plutôt qu’en se référant seulement à l’euro.

«La BNS cède à la pression du marché et elle met une partie de sa crédibilité en jeu », a commenté pour sa part Thomas Gitzel, chef économiste chez VP Bank. Toutefois, après une première phase de forte réaction, la situation devrait se stabiliser. «A son cours actuel, le franc est à nouveau significativement surévalué. Après cette phase de surévaluation, l’euro devrait regagner du terrain par rapport au franc», poursuit-il. Concernant les actions, il s’attend aussi à une phase de stabilisation ces prochains jours. Il déconseille aux actionnaires de se séparer de leurs actions suisses dans «l’environnement de panique actuel».

Au cours de la conférence de presse à Zurich, le président Thomas Jordan a confirmé que la BNS continuera à intervenir, mais de manière irrégulière: «A l’avenir, la BNS continuera de prendre en compte la situation sur le marché des changes pour définir sa politique monétaire. Aussi interviendra-t-elle au besoin sur ce marché en vue d’influer sur les conditions monétaires»

La délégation économique du Conseil fédéral se réunira d’urgence cet après-midi pour étudier les conséquences de la décision de la BNS.

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