L’interview de paul müller

«Suite à la perte du Salon Telecom 2006, plus aucune décision touristique n’a été prise sans un hôtelier»

Il préside et dirige le groupe genevois Manotel, leader hôtelier du canton pour les catégories d’établissements intermédiaires à supérieurs. Mais il est aussi membre du Conseil d’administration de Palexpo, la machine à manifestations commerciales de la région

Il préside et dirige le groupe genevois Manotel, leader hôtelier du canton pour les catégories d’établissements intermédiaires à supérieurs. Mais il est aussi membre du conseil d’administration de Palexpo, la machine à manifestations commerciales de la région. Depuis quelques semaines, il préside également la nouvelle Fondation Genève Tourisme & Congrès. Paul Muller, l’ancien hôtelier des hôteliers (ex-président de la Société des hôteliers de Genève), reste un acteur incontournable du tourisme local. Entretien avec un personnage toujours tiré à quatre épingles, et qui s’est taillé une place de choix dans le paysage économique du bout du lac.

Le Temps: En quoi consiste votre nouveau mandat de président de la Fondation Genève Tourisme & Congrès (FGT&C), et à quoi sert cette nouvelle structure?

Paul Muller: Sa mise en place, au 1er janvier, réduit la complexité du dispositif de promotion touristique genevois et le rend plus réactif aux changements aujourd’hui très rapides du marché. A présent, le système fonctionne davantage comme une entreprise moderne. Son mandat est de gérer, notamment, la manne des taxes de séjour versées par les hôteliers et les campings, ainsi que de la taxe de promotion du tourisme payée par tous les acteurs du secteur, ce qui représente un budget annuel d’environ 15 millions de francs. Mon rôle, et ceux des 10 autres membres du conseil, consiste actuellement à la mise en place de la nouvelle gouvernance, mais surtout à plancher sur des axes stratégiques ou opérationnels. Nous nous réunissons pour cela une fois par mois.

– Cette présidence est renouvelable tous les 4 ans. Quel objectif visez-vous pour ce premier mandat?

– Cette fonction ne sera pas reconduite. Statutairement, je dois me retirer en 2017. Mais d’ici là, ma priorité sera de fédérer les milieux professionnels du tourisme genevois, ce qui n’est pas évident. En période de crise, tous les rouages de la machine doivent participer au même effort. Aucune faille ne doit être admise, sans quoi, des places touristiques plus agressives vont nous damer le pion.

– Les acteurs du tourisme genevois ne tirent-ils pas tous à la même corde?

– Dans une large mesure, si. Il n’en reste pas moins que des améliorations doivent être apportées, dans certains secteurs plus que d’autres. A titre d’exemple, la réglementation actuelle sur les taxis fait que ni les acteurs, ni les usagers, ne sont satisfaits. Nous comptons beaucoup sur le projet de loi.

Comment espérez-vous agir sur cette chaîne de valeur?

– Avant tout, en optimisant ce qui marche. A savoir, la clientèle d’affaires, qu’il faut continuer à développer à travers l’accueil d’événements institutionnels ou récurrents, de préférence chaque année, sinon tous les deux à trois ans. Je fais également entière confiance à la direction de Genève Tourisme & Congrès pour attirer davantage de voyages de motivation, comme en 2010 avec les 1200 vendeurs chinois d’Amway. Ensuite, il faut aussi œuvrer à l’amélioration de l’offre loisirs. A travers notamment l’axe culturel, encore sous-exploité. C’est pourquoi je défendrai jusqu’au bout le projet de rénovation du Musée d’art et d’histoire, rendu possible grâce au don spectaculaire de Jean-Claude Gandur. Mais les pistes de réflexion et d’application sont nombreuses.

– C’est-à-dire?

– J’ai quelques idées, qui n’ont pas encore été discutées. Et comme je ne souhaite pas passer pour un président stalinien, je préfère attendre qu’elles soient validées. Pour tout vous dire, je dispose d’un excellent tour de table. Le Conseil d’administration de la FGT&C est très actif. Les idées fusent, il y a débat, ce qui est un réel plaisir. J’ai le fort sentiment qu’ensemble, nous pourrons dégager des pistes stratégiques intéressantes. Comme, par exemple, accroître notre dispositif à l’intention de la Genève internationale. D’aucuns la considèrent comme acquise ou comme étant une évidence. C’est une grossière erreur. Il ne suffit pas d’être attentif à cette communauté vitale pour la région, et qui est aujourd’hui pénalisée, notamment par le franc fort. Il faut aussi savoir se montrer reconnaissant envers elle.

– Vous siégez, entre autres, également au conseil d’administration de Palexpo. L’ensemble de ces charges vous permettent-elles d’avoir une bonne vision de la branche pour vos activités chez Manotel?

– Oui, certainement, mais je n’ai rien demandé. Il faudrait plutôt retourner votre formulation: c’est à travers mes succès chez Manotel que, probablement, l’on s’est dit qu’il était possible de me faire confiance.

– Quel bilan tirez-vous de votre présidence de la Société des hôteliers de Genève?

– J’ai effectué trois mandats de deux ans, jusqu’à fin 2011. A mes débuts, les hôteliers étaient très mal considérés. La perte du salon Telecom, en 2004, avait été vécue comme un traumatisme. Il a fallu démontrer que nous n’étions pas des fossoyeurs d’événements, mais bien des acteurs incontournables. Après avoir récupéré l’ITU Telecom World en 2009, les perceptions ont changé. Depuis, l’objectif a été de ne plus jamais permettre qu’une décision touristique ne soit prise sans la participation d’un hôtelier. L’année 2006 marque également la création du Bureau des congrès de Genève Tourisme, dont les activités représentent 80% des nuitées du canton. Ne pas disposer d’une telle plateforme pour une destination européenne phare en la matière relevait de l’anachronisme.

– Janvier 2013 a été mauvais pour l’hôtellerie genevoise. Février s’est révélé encore pire. Le Salon de l’auto sauve-t-il le bilan trimestriel?

– Le mois de février a été catastrophique, en effet. Certains ont vu leur chiffre d’affaires reculer de 25%. Avant 2008, époque où le Salon international de la haute horlogerie se tenait en avril et pas en janvier comme actuellement, le Salon de l’auto faisait office de lancement de la saison. A présent, les choses sont différentes, grâce aux congrès présents tout au long de l’année. Mais la différence de fréquentation sur les deux premiers mois par rapport à l’exercice précédent reste exceptionnellement importante. Cela est dû en partie aux réunions de l’Union internationale des télécommunications à Genève, en janvier et février 2012, qui ne se sont pas reproduites cette année.

– Le prix des nuitées a-t-il baissé, comme semble l’indiquer l’indice HRG de mars?

– On assiste clairement à un tassement des tarifs, en particulier les fins de semaine. Avec un glissement du 5 au 4-étoiles, du 4 au 3-étoiles et du 3 au 2-étoiles. Le phénomène était sensible [de l’ordre de 1 à 2%] fin 2012, mais s’est accentué en ce début d’exercice.

– Quel avis portez-vous sur le fait que certains hôtels, comme le Starling, passent volontairement de 5 à 4-étoiles?

– Je perçois cela comme étant une réponse à un marché en forte concurrence, dans lequel il convient de se remettre en question sans cesse et sans concession.

– Souffrez-vous des pratiques des sites de réservation en ligne?

– Nous n’avons pas les moyens de nous y opposer. C’est un souhait des consommateurs et je dispose de deux salariés à plein-temps pour gérer cela. Quant aux commissions de 20% et plus, elles ne datent pas d’hier. Elles existaient déjà avec les catalogues en version papier des tour-opérateurs.

– Un mot sur le chevauchement du Ramadan et des Fêtes de Genève cet été, du 10 juillet au 10 août?

– C’est un problème fondamental. Une fois de plus, l’hôtellerie genevoise sera pénalisée. Mais cette clientèle, qui représente pour Manotel jusqu’à 60% des nuitées estivales, viendra un peu avant et reviendra plus tard. Et dès 2015, tout devrait rentrer dans l’ordre.

– Votre vision du marché pour la fin de l’année?

– Mars sera correct. Avril incertain, avec deux ou trois congrès dont les contingents ont été réduits. Mai, en revanche, s’annonce très bon, avec les salons Ebace, VitaFoods, l’UITP et des conférences de l’OMS. En juin, il y a les congrès du BIT. L’été sera creux. Au-delà de ces manifestations agendées, c’est impossible à dire. Nous n’avons pas de visibilité au-delà de deux semaines, et les réservations des week-ends ne se font pas avant les mercredis pour la même semaine.

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