Avec l’entrée en bourse de Coinbase ce mercredi, c’est toute la frénésie des cryptomonnaies qui déferle sur Wall Street. La plus grande plateforme d’échange de monnaies numériques a atteint la valorisation stratosphérique de 100 milliards de dollars. Pour une bonne raison: les cryptomonnaies définiront probablement la finance de demain. Et pour une moins bonne: elles font l’objet d’une spéculation sans précédent, illustrée par le nouveau record touché mardi par la plus célèbre d’entre elles, le bitcoin, à plus de 63 000 dollars. Comment investir. Quels dangers éviter.

+2633%. +2177%. +1777%. Ce sont les performances dégagées depuis le début de l’année par les trois cryptomonnaies les plus en feu du moment: le BitTorrent, le Terra et le Solana. Ces devises numériques sont peu connues du grand public, mais la perspective de multiplier sa mise par 27, 22 ou 17 en un peu plus de trois mois a de quoi titiller l’intérêt. Car derrière les 117% de gains générés par le bitcoin depuis janvier se cachent une multitude d’objets financiers numériques plus ou moins identifiés. Et plus ou moins explosifs.

Avant d’éventuellement investir dans des cryptomonnaies, trois questions s’imposent, estime Charles-Henry Monchau, de Flow Bank, une banque de trading en ligne: «La première est de savoir si on est d’avis que les cryptomonnaies vont prendre de l’ampleur.» A la base, ce sont des moyens de paiement alternatifs sur lesquels les Etats n’ont aucune prise.

Lire aussi notre analyse: Le bitcoin: une monnaie, de l’or ou rien de tout cela?

«Mais par rapport à 2017, lorsque le bitcoin est devenu largement connu, les «cryptos» peuvent désormais être utilisés comme moyen de paiement. Des systèmes de paiement traditionnels tels VISA ou MasterCard vont bientôt autoriser les transactions avec une variante de cryptomonnaie; les grandes banques permettent progressivement à leurs clients d’en acheter. L’introduction en bourse d’une plateforme d’échange comme Coinbase est une nouvelle étape dans l’institutionnalisation de cette classe d’actif», détaille le spécialiste des investissements. D’un autre côté, l’ensemble des cryptomonnaies représentent un peu plus de 2000 milliards de dollars, soit un peu au-delà de la capitalisation boursière d’Apple. Un chiffre certes conséquent, mais pas énorme par rapport à la sphère financière globale.

Lire également: Tesla et Elon Musk donnent un coup de fouet au bitcoin

La (relative) sagesse du leader

Deuxième question: préfère-t-on investir dans les leaders du secteur ou les autres? Comme internet dans les années 1990, le monde des cryptomonnaies vit actuellement une explosion des projets. «Il est probable que seuls quelques géants vont survivre et domineront, comme l’ont fait Google ou Amazon, poursuit Charles-Henry Monchau. L’industrie des logiciels ou des smartphones a aussi montré que les secteurs technologiques suivent un mécanisme de sélection darwinienne, où seuls les plus forts survivent.»

Lire encore: Récupérer des bitcoins perdus, c’est possible

Dans cette optique, la logique consisterait à investir dans le bitcoin, qui représente plus de la moitié de la capitalisation boursière totale des «cryptos» (la «dominance» du bitcoin dépassait 70% en 2020). Investir dans le bitcoin permet d’avoir une exposition à cet univers avec moins de risque mais aussi relativement moins de volatilité que sur les autres cryptomonnaies. Autre leader, l’ethereum, dont la capitalisation boursière dépasse désormais les 250 milliards de dollars et qui a fortement surperformé le bitcoin depuis le début de l’année.

Le saut dans l’inconnu

Et si l’on préfère les outsiders, il faut se poser la troisième question: «Est-on prêt à parier sur les «altcoins», ces cryptoactifs alternatifs au bitcoin et à l’ether, dont la capitalisation est bien inférieure et dont la pérennité est encore plus hypothétique?» A titre d’exemple, «ADA cardano est souvent vu comme un concurrent potentiel de l’ethereum, même si son protocole est actuellement beaucoup moins utilisé. Le THETA est pour sa part une sorte d’Airbnb de la bande passante: ses utilisateurs partagent leur connexion et sont rémunérés en jetons numériques theta pour cela», illustre encore notre interlocuteur. L’achat d’altcoins peut s’avérer être l’option la plus lucrative si on mise sur le bon cheval, mais aussi la plus risquée, puisque ces nouveaux venus peuvent aussi disparaître. C’est la mésaventure connue par de nombreux altcoins lors du dernier hiver des cryptomonnaies en 2018-2019.

Lire aussi: Après une année record, Bitcoin Suisse échoue à obtenir une licence bancaire

Marketing et malversations

Les cryptos seraient donc une affaire de spécialistes? «Au contraire, il vaut peut-être mieux de ne rien y connaître; de toute façon, très peu de gens sont à même d’évaluer les projets mis sur le marché», répond Cyril Lapinte, spécialiste de la finance décentralisée, qui ne jure que par le bitcoin et l’ethereum. Selon lui, cet univers abrite «des innovations prometteuses, mais aussi énormément de cryptos ne reposant que sur un marketing intensif, qui reprend l’idée un peu mystique que leur projet va changer le monde, alors qu’en réalité, leur seul but consiste à faire monter leur cours puis de vendre».

S’aventurer dans le monde des cryptos, c’est aussi se faufiler parmi des arnaques de type «pump and dump». Cette malversation financière vieille comme le monde, qui signifie littéralement «gonfler et jeter», consiste à faire croître artificiellement le cours d’un actif, en diffusant des nouvelles favorables ou même en organisant des transactions circulaires entre initiés. Avant de vendre massivement lorsque suffisamment d’investisseurs rejoignent le jeu sans connaître le dessous des cartes. Ce qui provoque une chute systématique des cours.

Lire finalement: Quatre poids lourds des «cryptos» lancent leur lobby

Il est très fréquent que «les créateurs d’une crypto investissent au départ pour amorcer leur projet et faire croire qu’une communauté s’est formée; cela peut suffire pour que leur crypto décolle», poursuit Cyril Lapinte. A la tête d’Openfiz, une société active dans la conformité financière sur la blockchain, le spécialiste regrette que de nombreux participants à ce monde ne cherchent qu’à identifier le plus tôt possible la prochaine crypto dont le cours va bondir, de manière à surfer sur la vague et en sortir avec un profit réalisé aux dépens de l’investisseur suivant, plus crédule.

Autre danger potentiel: les plateformes d’échange elles-mêmes, «qui font le travail des banques mais sans être soumises à une réglementation similaire, ce qui expose les clients à tout perdre si un «exchange» a un problème», conclut notre interlocuteur.