L'avenir des prothèses orthopédiques et des traitements du cœur passe par les biotechnologies. C'est en tout cas le pari pris par Sulzer Medica, l'un des leaders mondiaux de ces techniques médicales. Le groupe de Winterthour, filiale de Sulzer, a annoncé lundi la création d'une nouvelle entité rassemblant toutes ses activités dans le domaine des biotechnologies. Baptisée Sulzer Biologics Inc. et basée à Austin (Texas), celle-ci doit permettre au groupe de «maximiser ses efforts de synergie, accélérer la recherche et s'assurer une position dominante dans des domaines d'applications orthopédiques, dentaires et cardio-vasculaires», selon un communiqué de Sulzer Medica. La nouvelle entreprise doit employer une centaine de personnes, principalement aux Etats-Unis. Un centre de recherche sera également installé en Suisse. «Il s'agit d'un choix stratégique», estime Arnaud Girardin, analyste chez Lombard, Odier & Cie à Genève. Les produits de Sulzer Medica (articulations artificielles, implants dentaires et vertébraux, valves cardiaques) vont être radicalement affectés par les nouvelles biotechnologies. «En concentrant ses activités dans ce domaine, le groupe veut éviter de manquer le train, explique Arnaud Girardin. Car les nouvelles techniques offrent des alternatives à ses produits traditionnels». Dans un communiqué, Sulzer Medica relève que les biotechnologies «visent à retarder et même éliminer le besoin d'utiliser des prothèses artificielles». L'objectif est plutôt de «stimuler l'organisme pour guérir ou régénérer les tissus de manière naturelle».

Concurrence et concentration

Grâce aux facteurs de croissance, il est déjà possible de reconstituer du cartilage, des disques vertébraux, de la peau ou des tissus veineux. On peut ainsi éviter une intervention chirurgicale. A défaut, ces technologies permettent une meilleure tolérance des greffes et implants. Si certaines de ces techniques existent déjà, d'autres sont au stade de l'expérimentation et de tests cliniques. Les premières applications n'auront lieu qu'après l'an 2000. «C'est un pari sur l'avenir», estime Arneau de Kalbermatten, analyste à la Banque Cantonale Vaudoise. Sulzer Biologics sera avant tout une unité de recherche.

Sulzer Medica doit absolument se positionner sur ce marché d'avenir. Rien que dans le segment de l'orthopédie et de la médecine dentaire, le groupe estime le marché américain à 5 milliards de dollars (7,8 milliards de francs). En comparaison, les ventes de Sulzer Medica se sont élevées à 1,5 milliard de dollars en 1998. La concentration des forces de Sulzer Medica en matière de biotechnologie doit lui assurer une forte croissance, selon ses dirigeants. Elle doit aussi lui permettre de faire face à une concurrence croissante et à une concentration des acteurs dans le domaine de l'orthopédie. Tous les acteurs de la branche se lancent en effet dans les biotechnologies. «Mais Sulzer Medica a l'avantage de produire elle-même ces produits et ces substances», estime Arneau de Kalbermatten. «Il est encore hâtif de parler de relève, poursuit l'analyste, mais il s'agit d'une nouvelle approche complémentaire», qui pourrait à terme prendre le relais.

Acquisitions attendues

Un état de fait bien compris par les marchés. Ceux-ci attendent de voir ce que réservent ces nouvelles technologies. «Il y a peu d'espoir de voir le titre décoller au-dessus des 300 francs», estime l'analyste de la Banque Cantonale Vaudoise. De fait, le titre Sulzer Medica a clôturé à 287 francs, inchangé par rapport au cours de vendredi. Il a perdu plus de 5% depuis un plus haut le 21 juin dernier.

Le groupe s'est séparé de sa division Electrophysiologie (pacemakers) au dernier trimestre 1998 et a engrangé des liquidités. «La société fera sûrement des acquisitions ciblées dans les biotechnologies prochainement, estime Arnaud Girardin. Mais il faudra encore attendre avant de voir des répercussions positives sur le cours du titre».