Le recul des trois quarts du bénéfice subi par Sulzer l’an dernier illustre l’impact négatif de la chute des cours du pétrole sur les entreprises liées à ce secteur. Le groupe industriel basé à Winterthour, dont la moitié des entrées de commandes dépendent du secteur des hydrocarbures («oil & gas»), a subi de plein fouet la plongée des cours du brut l’an dernier. Sans tenir compte des variations des devises, le recul des entrées de commandes du groupe s’est, certes, limité à 3,7% pour atteindre 2,9 milliards de francs en 2015.

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Dans le seul domaine des hydrocarbures, les entrées de commandes ont toutefois chuté de 13%, à taux de change constant, par rapport à l’an précédent. Au quatrième trimestre, les nouvelles commandes ont même baissé de 38% en comparaison de l’exercice précédant, comme l’a précisé Greg Poux-Guillaume, le nouveau directeur de Sulzer depuis décembre dernier, qui a présenté les résultats du groupe jeudi à Zurich. Parmi les différents segments liés au secteur des hydrocarbures, la chute de la demande a été particulièrement marquée pour les activités situées en aval (-30%), comme les raffineries et la pétrochimie. Le recul a été moins prononcé pour les activités en amont (-16%) liées à l’extraction, comme les équipements pour les plateformes pétrolières.

Un tiers de dépenses d’investissement en moins d’ici à 2017

Sulzer, dont 62,86% du capital appartient à Renova, aux mains du milliardaire russe Viktor Vekselberg, n’est de loin pas la seule entreprise affectée par l’effondrement des prix des hydrocarbures. En 2014, les dépenses d’investissement réalisées dans le secteur du pétrole et du gaz par les 300 plus grandes compagnies cotées en bourse ont avoisiné les 780 milliards de dollars. En 2017, ce montant devrait encore tout juste dépasser les 500 milliards, selon des données compilées par Bloomberg. Reflet du changement des attentes dans le secteur: en janvier 2015, ces 300 sociétés ne prévoyaient encore qu’un recul de 6% des dépenses en biens d’équipements d’ici à 2017. Un an plus tard, ces prévisions ont été entièrement revues à la baisse. En janvier dernier, ces sociétés anticipaient désormais une chute de 35% des montants investis dans ce secteur d’ici à 2017.

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Heureusement pour Sulzer, le groupe réalise aussi près de la moitié de ses revenus (49%) grâce aux activités de services et de maintenance, comme l’a rappelé le directeur jeudi à Zurich. De plus, les activités liées à l’énergie et aux installations hydrauliques ont beaucoup mieux résisté, avec des entrées de commandes en hausse l’an dernier. Au final, la principale division des pompes a vu ses entrées de commandes reculer de 13% à 1,5 milliard. La baisse a été moins prononcée pour les services d’équipements rotatifs (-3,7% à 698 millions) et pour les technologies liées à la chimie («chemtech») (-1,3% à 709 millions).

Baisse de 5 à 10% du chiffre d’affaires attendue cette année

Sulzer reste prudent pour la suite. Même si le groupe a insisté jeudi sur le fait qu’il dispose d’un portefeuille d’activités équilibré – la moitié de ses ventes étant générées en dehors du secteur des hydrocarbures – la pression exercée sur les prix par les clients va persister cette année. «Les investissements sur le marché du pétrole et du gaz resteront faibles en 2016», a anticipé Greg Poux-Guillaume. En tout, le groupe prévoit un recul des entrées de commandes et du chiffre d’affaires compris entre 5 et 10% cette année.

200 millions d’économies prévues d’ici à 2018

La direction de Sulzer met l’accent sur le renforcement de son programme d’économie qui devrait permettre de réduire les coûts de 200 millions de francs d’ici à 2018, dont entre 80 à 90 millions dès cette année. Il n’a pas précisé l’impact de ces mesures sur les effectifs du groupe qui comptait 14 243 collaborateurs à fin 2015 (-8% sur un an). Auparavant, seule une fourchette de 120 à 180 millions avait été formulée.

Malgré l’octroi d’un dividende spécial de 14,6 par action, en plus de celui de 3.50 francs pour la partie ordinaire, les analystes ont accueilli ces chiffres avec prudence. Dans une note, J. Safra Sarasin a estimé que l’action n’avait «qu’un potentiel de d’appréciation limité compte tenu de la faiblesse du marché du gaz et du pétrole». Dans l’immédiat, l’octroi du dividende spécial issu des réserves de capital du groupe a soutenu le cours de l’action Sulzer qui a clôturé en hausse de 6,3% à 97,50 francs jeudi.