Télécoms

Sunrise joue son va-tout pour racheter UPC

L’opérateur dirigé par Olaf Swantee s’estime certain de compter sur 75% d’actionnaires favorables au rachat du câblo-opérateur UPC. Freenet, qui détient un quart de son capital, s’estime certain du contraire. Réponse le 23 octobre lors de l’assemblée générale de Sunrise

Un clip sur YouTube, des publicités spéciales en ligne, des interviews en rafale dans les médias, des communiqués de presse quasi quotidiens, de pleines pages de publicité dans les journaux… Depuis plusieurs jours, Sunrise jette toutes ses forces dans la bataille pour convaincre ses actionnaires de la pertinence de racheter UPC. Annoncée fin février, cette opération a été approuvée fin septembre par la Commission de la concurrence. Mais le plus gros défi, pour l’opérateur, sera d’obtenir le feu vert de ses actionnaires, lors de l’assemblée générale extraordinaire qui se tiendra le 23 octobre à Zurich. A ce stade, son issue reste totalement indécise.

Deux semaines avant cette échéance, Sunrise compte et affiche ses soutiens. Mercredi, il affirmait que l’agence de notation indépendante suisse Inrate approuvait l’augmentation de capital de 2,8 milliards de francs, prérequis au rachat d’UPC. Lundi, la fondation genevoise Ethos conseillait également d’accepter ce point à l’ordre du jour. Est-ce que ce sera suffisant pour convaincre la majorité des actionnaires? Pas certain. Car le directeur de Sunrise, Olaf Swantee, fait face au refus catégorique de son actionnaire principal, l’opérateur allemand Freenet, dirigé par Christoph Vilanek.

Prix «surélevé»

Freenet, actionnaire à hauteur de 24,5%, ne se contente pas d’affirmer que Sunrise n’aura pas ses voix. Il tente aussi de mobiliser d’autres actionnaires en évoquant des conditions de transactions «défavorables», un prix d’achat «surélevé» pour une technologie qui «n’est plus compétitive». En face, Sunrise loue des synergies qui se chiffreront en dizaines de millions et promet la création d’un acteur totalement indépendant de Swisscom.

Qui va gagner? Olaf Swantee se montre optimiste. Cette semaine, il affirmait que 75% des détenteurs de titres étaient favorables à l’opération, dans le cadre d’une interview à la chaîne TV CNN Money Switzerland. Le directeur de Sunrise estimait que «les actionnaires soutiennent vraiment cet accord», car il s’agit d’un «projet fantastique» et qu’il créera de la valeur pour les propriétaires de l’opérateur. Olaf Swantee a aussi concédé qu’il ne s’était pas préparé à l’opposition de Freenet, la société allemande ayant par le passé soutenu la stratégie de Sunrise.

Lire aussi: Sunrise rachète UPC: un nouveau géant se dresse face à Swisscom

Un tiers d’oppositions

L’entreprise suisse ne doit pas composer uniquement avec l’opposition de Freenet. Le 3 octobre, l’agence Reuters affirmait que d’après son sondage au moins 30% des actionnaires allaient s’opposer au rachat d’UPC. Outre l’opérateur allemand, Active Ownership Capital, détenteur de 3% du capital de Sunrise, ne veut également pas de cette opération. «Nous pensons que la transaction est quasi vouée à l’échec», affirmait à Reuters l’un des dix principaux actionnaires de Sunrise, sous le couvert de l'anonymat.

Les autres principaux actionnaires de Sunrise, détenant entre 2 et 4% des titres, sont BlackRock, Norges Bank, Credit Suisse ou encore UBS. Aucun d’eux ne s’est exprimé publiquement concernant le vote à venir.

La participation à l’assemblée extraordinaire du 23 octobre sera un élément clé. Comme le relevait Reuters, 62% des actions étaient représentées lors de l’assemblée ordinaire de ce printemps. Selon Florian Schuhbauer, cofondateur d’Active Ownership Capital, 65 à 75% des droits de vote devraient être représentés lors de l’assemblée générale extraordinaire. «Si 40% des voix s’expriment contre la transaction, cela suffira», affirmait-il en septembre.

Le geste effectué le 30 septembre par Sunrise a été jugé insuffisant par les actionnaires opposés au rachat d’UPC. L’opérateur avait alors décidé de réduire l’augmentation de capital – initialement fixée à 4,1 milliards de francs – à 2,8 milliards. Le but: éviter que des actionnaires ne souhaitant pas participer à l’opération soient dilués. «Tout cela ne répond pas aux préoccupations concernant le prix payé», estimait un analyste de Jefferies dans une note. «La probabilité que l’accord soit adopté a clairement augmenté par rapport aux 60% que nous avions estimés dans notre rapport du 9 septembre.» Verdict dans deux semaines.


COMMENTAIRE

Sunrise a tout à prouver

Aujourd’hui, aucun opérateur ne peut travailler en Suisse sans signer de contrat avec Swisscom. Salt emploie ses lignes de fibre optique, UPC utilise son réseau de téléphonie mobile, Sunrise lui loue des lignes de cuivre… Dès lors, la perspective de disposer, face à Swisscom, d’un opérateur totalement indépendant est alléchante. Posséder son propre réseau est capital dans le monde des télécoms. La combinaison entre le réseau fixe d’UPC et le réseau mobile de Sunrise, en y ajoutant des tronçons de fibre que possèdent les deux sociétés, pourrait permettre de créer un acteur solide face à Swisscom.

Mais le conditionnel est de mise. Car, du point de vue des consommateurs, rien ne garantit que ce nouveau Sunrise voudra s’attaquer frontalement à l’opérateur historique. Il faudra d’abord compter sur une période d’environ trois ans durant laquelle l’opérateur sera totalement accaparé par l’absorption d’un concurrent qui dispose d’une technologie – le câble coaxial – différente des siennes. En parallèle, Sunrise devra continuer à développer son réseau 5G dans un environnement difficile.

Ensuite, une fois la fusion digérée, voudra-t-il être agressif, tant sur les prix que sur les nouveaux services? A voir. Car même si UPC perd des clients depuis plusieurs années, il restait agressif sur les tarifs. Il va disparaître au profit d’un Sunrise qui sera sans doute davantage obnubilé par la rémunération de ses actionnaires que préoccupé par le lancement d’une guerre commerciale avec Swisscom. A Olaf Swantee, directeur de Sunrise, de nous donner tort. A. S.

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