Télécoms

Sunrise rachète UPC: un nouveau géant se dresse face à Swisscom

Sunrise déboursera 6,3 milliards de francs pour acquérir le câblo-opérateur. Ce mariage, qui lie une entreprise en croissance à un téléréseau en difficulté, pourrait paradoxalement s'avérer positif pour Swisscom

Il s'appelait initialement Cablecom, puis UPC Cablecom, puis UPC. Et d'ici quelques mois, le câblo-opérateur aura tout simplement disparu. Mercredi soir, Sunrise a annoncé le rachat, pour 6,3 milliards de francs, d'UPC Suisse. Ce mariage donnera naissance à un nouveau géant des télécoms en Suisse, actif tant dans la téléphonie mobile, le réseau fixe que la télévision. Swisscom, directement ciblé par cette opération, tiendra a priori le choc face à ce nouvel acteur.

La maison-mère d'UPC, Liberty Global, après s'être désinvesti de plusieurs pays européens, ne faisait pas mystère de son envie de céder sa filiale suisse. De son côté, Sunrise, coté en bourse depuis 2015, avait plusieurs fois indiqué qu'il pouvait parfaitement continuer seul. Mais la possibilité d'acquérir UPC Suisse a modifié la stratégie de Sunrise, qui a décidé, pour cette acquisition, de lever 4,1 milliards de francs sur les marchés.

A ce propos: Sunrise confirme être intéressé par l'achat de UPC

Profils différents

Ce mariage liera deux entreprises avec des profils bien différents. D'un côté, Sunrise est un opérateur avec le vent en poupe. Son réseau de de téléphonie mobile est jugé aussi bon que celui que Swisscom, ce qui lui a permis d'acquérir plus de 42 000 abonnés lors du dernier trimestre 2018. Sur l'ensemble de l'année, Sunrise a vu son chiffre d'affaires augmenter de 1,2% à 1,876 milliards de francs, pour un bénéfice de 107 millions, en progression (hors éléments exceptionnels) de 25%. Sunrise compte, selon ses chiffres annuels publiés mercredi soir, 1,7 million d'abonnés en téléphonie mobile, 457 000 clients pour l'accès à Internet, 244 000 clients en télévision et 468 000 clients pour la téléphonie fixe.

Lire également l'opinion: Sunrise-UPC: De l’utilité de la concurrence

En face, UPC est dans une dynamique différente. Le câblo-opérateur a vu son chiffre d'affaires, selon un communiqué publié mercredi soir, reculer de 3,7% en 2018 à 1,296 milliard de francs. UPC a perdu 32 000 clients en télévision, son secteur d'affaires principal, lors du quatrième trimestre, pour un total de 1,1 million d'abonnés. UPC a également perdu 12 000 clients pour l'accès à Internet. Le câblo-opérateur a par contre gagné des clients (9000) en téléphonie mobile, pour porter leur nombre à 146 000 – mais UPC ne possède pas de réseau mobile propre et s'appuie sur celui de Swisscom.

En mai 2018: L’avenir d’UPC Suisse, une question à 3 milliards de francs

Se passer de Swisscom

Sunrise s'attend à des économies annuelles de 190 millions de francs grâce à ce rachat. L'opération permettra de combiner les forces des deux opérateurs. Sunrise apporte avant tout son réseau de téléphonie mobile (développé par son partenaire Huawei), alors que UPC apporte son téléréseau et ses 17 500 kilomètres de fibre optique. La nouvelle entité comptera environ 1,8 million de clients mobiles (part de marché de 24% environ), 1,2 million de clients pour l'accès à Internet (part de 30 % environ) et 1,4 million de clients en télévision (part de 31 % environ). L'opération permettra à Sunrise de se passer de Swisscom pour son infrastructure fixe. Dans le même temps, UPC n'aura plus à utiliser le réseau mobile de Swisscom.

Lire également: Fusion Sunrise-UPC: les clients perdants?

Swisscom, leader du marché suisse des télécoms avec environ 60% de parts dans les marchés principaux, ne devrait dans un premier temps pas trop souffrir de l'apparition de ce nouveau concurrent. L'opérateur historique pourra définitivement balayer toute velléité, de la part des autorités, de réguler le marché suisse. Il pourra aussi continuer à se baser sur des clients fidèles et conservateurs. Mais si le nouveau Sunrise devait proposer des prix moins élevés – comme le fait Salt pour l'accès à Internet et la télévision –, il est possible que les consommateurs suisses soient davantage enclins à changer de fournisseur.

Lire aussi: Le marché de la téléphonie tourne à l’envers

Publicité