Pour conquérir, après huit mois de lutte acharnée, le terme de trois ans à la tête de l'OMC, Supachai Panitchpakdi a dû forcer sa nature. Ce banquier de 52 ans, qui avait été nommé vice-premier ministre et ministre du Commerce avant tout pour ses compétences techniques, n'est pas un politique. Aux manœuvres en coulisses et aux campagnes de promotion personnelle, il préfère les rigueurs de l'économétrie. Pour autant, la modestie du «docteur Supachai» ne doit pas tromper: l'homme a une vision pour l'OMC et, affirme-t-il, la détermination pour la mener à terme. «Mon but est d'établir un pont entre le monde en développement et le monde développé. J'essaierai constamment de les réunir», explique-t-il. Formé à l'université Erasme de Rotterdam, professeur à Cambridge, ce néerlandophone habitué du Forum de Davos a fait l'essentiel de sa carrière au sein de la banque centrale thaïlandaise avant d'entrer dans l'arène politique en 1986. Cet homme aux propos mesurés considère avoir beaucoup appris de la crise économique qui a démarré en Thaïlande en juillet 1997 avant de s'étendre à l'Asie du Sud-Est. «Malgré le désenchantement vis-à-vis de la libéralisation, nous avons maintenu l'ouverture de notre système économique. Fermer les marchés entraînerait une chute encore plus sévère de la demande internationale», affirme-t-il. Supachai, qui a été l'un des architectes de la libéralisation bancaire et financière considérée comme une des causes de la crise thaïlandaise, souhaite instaurer «plus de discipline dans les mouvements de capitaux internationaux». Lors d'une conférence économique en janvier dernier à Jaipur, en Inde, Supachai, prenant acte du «désenchantement croissant vis-à-vis du FMI» a plaidé pour l'établissement d'un Fonds monétaire asiatique. Ce Thaïlandais à la fibre européenne se montre impatient devant la lenteur de l'intégration de certains pays à l'OMC. «De par la taille de son économie, la Chine ne pourra pas être tenue à l'écart des discussions commerciales à l'avenir. Il ne faut pas imposer des conditions qui vont au-delà des conditions normales», affirme-t-il. Supachai estime important que l'OMC fasse un effort d'image et communique avec la société civile: «l'OMC ne doit pas être l'institution sans visage du commerce mondial».