Question liminaire de Slate.fr: «Marissa Mayer serait-elle une super-héroïne?» Le groupe internet Yahoo! (– 0,29% à 15,60 dollars à la clôture de Wall Street mardi soir), en panne de stratégie et de croissance depuis quatre ans, a en effet annoncé lundi la nomination de cette star très glamour de son concurrent Google au poste de directrice générale. Il publiait ses résultats après la clôture, annonçant «un chiffre d’affaires stagnant et un bénéfice en petite baisse au deuxième trimestre».

Pourquoi cette morosité, que confirme le consensus Thomson Reuters I/B/E/S? Le fait que le groupe ait eu à sa tête «trois directeurs généraux en moins d’un an n’inspire que modérément confiance au marché, en dépit d’une embauche de poids», a commenté l’analyste Herman Leung, de Susquehanna Financial Group, notamment sur la page MarketWatch du Wall Street Journal. Et puis il y a ce «Fil de Diane», hébergé par LesAffaires.com, qui n’est guère optimiste et hésite entre la bonne et la mauvaise nouvelle: «Le plafond de verre vient-il d’exploser?» se demande Diane Bérard.

Et de poursuivre dans la circonspection: «Citerons-nous le 17 juillet 2012 comme une journée historique dans l’histoire des femmes sur le marché du travail? Côté pile, on serait tenté de saluer l’ouverture d’esprit du CA de Yahoo! Il a choisi une femme intelligente qui possède un atout dont Yahoo a cruellement besoin: elle est du côté des utilisateurs. C’est d’ailleurs pour cette raison que le conseil l’a nommée. Côté face, le CA de Yahoo! affiche une feuille de route épouvantable côté jugement. Voilà des années qu’il multiplie les mauvaises décisions. Rappelons que Yahoo! a eu quatre présidents en cinq ans Une cible parfaite pour un investisseur activiste…» Voilà comment on fait parler les statistiques.

Autre exemple de chiffres parlants? Ils sont dans Le Matin de Lausanne: «Certains ont été étonnés. Ils estiment que Yahoo! a déjà trop de produits, comme la messagerie, les outils de gestion des publicités, etc. La firme, en perte de vitesse, semble ainsi faire un troisième virage pour essayer de trouver le créneau qui lui permettrait de remonter la pente. Les experts relèvent que, depuis le début de l’année, la firme de Sunnyvale, en Californie, a déjà eu deux directeurs généraux qui ont poussé Yahoo! à un pas du gouffre. Et les mauvaises langues se réjousisent que Mme Mayer fasse peut-être faire un pas en avant à la société.»

Encore une qu’on dit icône

Et voilà pour l’analyse économique. Mais pour l’heure, c’est la personnalité de Marissa Mayer qui nous intéresse davantage, pas vrai? Cette «icône du Web», «ses collaborateurs la décrivent comme une femme déterminée et méthodique dans son travail comme à la vie, qui réussit là où les autres échouent, indique Atlantico. Mais la tâche qui l’attend semble colossale.» D’ailleurs, «certains investisseurs ne cachaient pas leur fatalisme, disent Les Echos. «Elle est très intelligente, mais je ne crois pas que cela change grand-chose», commentait Global Equities Research.»

C’est dire si ce qui attend la jeune femme s’annonce compliqué. «Et pas seulement parce qu’elle a annoncé sur Twitter, dans la foulée de sa nomination, la naissance de son premier enfant en octobre…» Ce sera un garçon: «Another piece of good news today – dit-elle, @zackbogue and I are expecting a new baby boy!» Zachary Bogue, le père, ressemble un peu au jeune Ryan O’Neal du film culte Love Story (1970), la blondeur en moins. Cité par Le Huffington Post France (HPF), «le site Techcrunch se demande même si cela ne ferait pas d’elle la première PDG d’une des plus grandes entreprises de technologie au monde en congé maternité. La réponse semble être «oui», pour l’instant, car même si plusieurs (rares) femmes ont été à la tête de grands groupes dans le domaine high-tech, une femme ayant la trentaine est encore plus rare (elle a fêté ses 37 ans le 30 mai dernier).»

Comparée à Steve Jobs, rien que ça

«Ce qui est sûr, renchérit L’Expansion, c’est que cette jeune milliardaire […], classée par Fortune dans le top 50 des femmes les plus influentes du monde, est confrontée au plus grand défi de sa carrière. Au point que certains n’hésitent pas à le comparer à celui de Steve Jobs lors de son retour chez Apple.» Excusez du peu. Selon Le Monde, «la «Googirl», surnom souvent utilisé pour désigner Marissa Mayer ces dernières années, a affirmé au New York Times avoir peu hésité avant d’accepter le poste […], qu’on lui aurait proposé à la mi-juin». Ce journal estime au passage qu’elle a «un sens aigu du style et du design». Et avec cela, elle rejoint «le cercle restreint des femmes dirigeantes de grandes entreprises high-tech, avec Meg Whitman (Hewlett-Packard), Ginni Rometty (IBM) et Ursula Burns (Xerox)», note Challenges. Et celui, plus fourni, de toutes ces superwomen (voir le diaporama) «qui tiennent les manettes du Web américain», raconte La Tribune.

Et le surnom, alors, de cette femme qui pourrait peut-être changer l’image de la Silicon Valley, aux yeux du Financial Times? La «Googirl», quelle horreur! «Cela ne fait pas de différence, disait-elle à CNN en avril: «Je ne suis pas une femme chez Google, je suis une geek chez Google. Si vous trouvez quelque chose qui vous passionne vraiment, alors que vous soyez un homme ou une femme ne pèse plus grand-chose dans la balance. La passion est une force qui neutralise les différences de genre», affirme-t-elle, philosophe.»

Un bien joli bilan

D’ailleurs, au bilan, celle que The Economist appelle le «new boss» a de quoi s’enorgueillir: toujours selon le HPF, diplômée en intelligence artificielle, elle avait été «la vingtième personne et la première femme à rejoindre Google en tant qu’ingénieur. En treize ans, elle est devenue l’une de ses voix les plus éminentes, note le Guardian. Marissa Mayer est à l’origine de bon nombre des services les plus célèbres de Google, comme Google maps, Gmail, Google actualités… Au total, elle a participé à la création de plus de 100 services.»

Cette ingénieure de formation, qui a aussi «créé l’emblématique page d’accueil blanche de Google ou encore Google Images, précise encore Elle, s’occupait essentiellement de la programmation informatique. Selon le magazine Forbes, il s’agirait d’un avantage significatif puisque Yahoo! a besoin d’une direction technique forte pour se démarquer de Google et Facebook. Si pour le moment on ne sait pas grand-chose de la stratégie qu’adoptera Marissa, elle a déjà expliqué vouloir se concentrer sur trois points forts de Yahoo!: l’e-mail, la finance et le sport.» On appelle cela de l’éclectisme. Good luck, Marissa!