C'est l’abaissement de la note grecque, ainsi que celle du Portugal, hier par l’agence Standard & Poor’s qui a envoyé une nouvelle onde de choc sur les marchés. La Grèce qui est passée de BBB+ à BB+ est désormais moins bien notée que l'Inde, ses obligations étant jugées «spéculatives»

Berlin joue l’apaisement

Berlin considère que la situation du Portugal et de l’Espagne, sous pression sur les marchés financiers à cause de leurs déficits, n’est «pas comparable» à celle de la Grèce, et n’est «pas source d’inquiétude», a indiqué mercredi midi une porte-parole du ministère des Finances.

Progrès rapides des négociations

«La Commission européenne réalise des progrès rapide et importants avec la Banque centrale européenne, le Fonds monétaire international et le gouvernement grec» dans les discussions en cours à Athènes visant à boucler le programme de prêts, a dit l’un de ses porte-parole devant la presse. L’exécutif européen compte rendre son avis «dans les prochains jours» sur la demande grecque d’activation du mécanisme de prêts de la zone euro et du FMI qui lui a été promis, a ajouté Amadeu Altafaj.

Ce programme devrait atteindre quelque 45 milliards d’euros pour cette année. Mais il court sur trois ans au total. Les montants éventuels pour les années suivantes n’ont pas encore été fixés. La procédure prévoit que la Commission européenne et la BCE disent d’abord s’ils jugent la demande grecque justifiée, avant que les Etats de la zone euro ne se prononcent.

Le porte-parole de la Commission s’est par ailleurs voulu rassurant, en soulignant qu’il n’y avait «aucun doute qu’une réponse aux besoins de la Grèce sera apportée dans les temps», alors que l’impatience grandit. «Il y a une volonté claire» des Etats membres à aider la Grèce, et «il n’y aucun doute sur cet engagement» à aider Athènes, a-t-il notamment dit.

Convaicre l’Allemagne

Les présidents du FMI et de la BCE sont à Berlin ce mercredi pour convaincre les parlementaires allemands de l’urgence d’aider la Grèce, alors que les marchés s’affolent et que les préparatifs de l’activation d’un plan d’aide européen s’accélèrent.

Dominique Strauss-Kahn, président du Fonds monétaire international (FMI) puis Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne, rencontraient en milieu de journée les présidents des groupes parlementaires du Bundestag, chambre basse du parlement, et certains membres de la Commission des Finances.

Le FMI et la Commission européenne négocient activement avec le gouvernement grec un programme d’assainissement des finances publiques grecques, condition posée surtout par l’Allemagne à un soutien financier. MM. Strauss-Kahn et Trichet doivent entre autres rendre compte aux parlementaires de l’avancement de ces discussions. Les deux Français feront ensuite une déclaration à la presse, avec le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble, vers 14H30, a indiqué le ministère des Finances.

M. Strauss-Kahn devait également rencontrer en fin de journée la chancelière Angela Merkel, à l’occasion d’une conférence consacrée officiellement à la crise financière et à la croissance économique mondiale, qui réunira également, entre autres, le président de la Banque mondiale Robert Zoellick et le secrétaire général de l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE), Angel Gurria.

L’euro plonge

L’euro s’est enfoncé mercredi à un nouveau plus bas depuis un an, sous 1,32 dollar, plombé par les craintes d’une contagion de la crise grecque au sein de la zone euro, après l’abaissement des notes de la Grèce et du Portugal.

Vers 12H00, l’euro valait 1,3189 dollar contre 1,3174 dollar mardi vers 23h00, après être tombé jusqu’à 1,3143 dollar vers 10H45, son plus bas niveau depuis fin avril 2009.

Des taux qui s’envolent

A 11H10 ce mercredi, les taux longs grecs étaient à 11,076%, contre 9,730% la veille au soir, et les taux à deux ans, qui sont généralement inférieurs aux taux longs, s’affachaient au-dessus de 18%, contre 15% la veille au soir.

Les taux longs avaient déjà franchi dans la matinée les 10%, une première pour un pays de la zone euro

L’euro dégringole

L’euro est tombé mercredi à 1,3143 dollar vers 08H45 GMT, un nouveau plus bas depuis un an, plombé par les craintes d’une contagion de la crise grecque au sein de la zone euro.

Les banques françaises à la peine

Les banques francaises sont en première ligne dans la crise de confiance qui affecte la zone euro et notamment la Grèce, étant parmi les plus exposées dans ce pays en terme de créances et d’implantations.

Les plus touchées étaient le Crédit Agricole (-6% à 10,75 euros), qui dispose d’une filiale en Grèce, Emporiki, et la Société Générale (-4,71% à 39,12 euros), également présente dans ce pays via sa filiale Geniki.

Ainsi les trois grands établissements francais étaient en chute (-6% à -3%) sur le marché boursier parisien à 11H20 (09H20 GMT) après avoir déjà perdu quelque 6-7% la veille.BNP Paribas, qui ne contrôle pas de banque en Grèce, limitait les pertes en cédant 2,58% à 49,42 euros.

Interdiction des ventes à découvert

La Commission grecque du marché financier a annoncé en début de matinée avoir interdit la vente à découvert sur toutes les valeurs pour deux mois sur la place d’Athènes. La Commission a précisé dans un communiqué avoir pris cette décision «au vu des conditions exceptionnelles régnant sur le marché grec». Entrée en vigueur mercredi, l’interdiction doit être levée le 28 juin, indique le texte

La vente à découvert consiste à emprunter une action (moyennant le versement d’une commission) dont on pense que le prix va baisser et à la vendre avec l’espoir d’empocher une forte différence au moment où il faudra la racheter pour la rendre au prêteur.

Des mesures d’interdiction de cette opération ont été prises à plusieurs reprises sur les places mondiales au plus gros de la crise financière qui avait secoué la planète en 2008.

La chute des places asiatiques

Les Bourses d’Asie ont plongé à leur tour mercredi, gagnées par les craintes de propagation de la crise grecque à d’autres pays, mais l’euro s’est quelque peu redressé face au dollar après des déclarations rassurantes du président de la Banque centrale européenne (BCE).

A la Bourse de Tokyo, l’indice Nikkei perdait 2,47% à la mi-séance tandis qu’à Hong Kong, l’indice Hang Seng lâchait 1,53% dans le courant de la matinée. Vers 02H25 TU, Sydney cédait 1,39%, Séoul 1,25%, Singapour 1,23%, Taipei 1,19%. A Shanghai, l’indice composite ne reculait que de 0,15%.

Ces pertes étaient plus modérées que celles de la plupart des Bourses européennes la veille. Mardi, Paris avait dégringolé de 3,82%, Londres de 2,61%, Francfort de 2,73%, Milan de 3,28%, Bruxelles de 3,34%.

A New York, l’indice vedette Dow Jones avait abandonné 1,90%.

■ Selon le FT, le FMI apporterait 10 milliards d’euros en plus

Le Fonds monétaire international (FMI) envisage de débloquer une aide financière de 10 milliards d’euros (plus de 13 milliards de francs) supplémentaires à la Grèce, rapporte mercredi le Financial Times. Le FMI a déjà proposé de verser 15 milliards d’euros de prêt à la Grèce.

L’aide du FMI s’élèverait donc à 25 milliards d’euros, indique le quotidien britannique des milieux d’affaires, citant des banquiers et de hauts responsables de la finance à Washington et Athènes.

L’octroi de 10 milliards supplémentaire est l’objet de discussions, a indiqué au FT un analyste financier à Athènes proche des pourparlers. Les 10 milliards d’euros supplémentaires seraient accordés sous forme d’un prêt sur trois ans, a-t-il précisé.

Avec ce supplément, le montant total de l’aide à la Grèce à laquelle participe la zone euro s’élèverait à 45 milliards d’euros. Le FMI s’est refusé de commenter cette information du Financial Times. Le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, avait lui-même reconnu qu’il fallait aider les Grecs, sinon ils allaient être «dans une situation insoutenable».

■ Le discours volontariste de Bruxelles

Il n’est «pas question de restructurer la dette» de la Grèce, a affirmé mercredi à Tokyo le président de l’Union européenne (UE) Herman Van Rompuy, qui a convoqué un sommet des pays de la zone euro sur la crise grecque aux alentours du 10 mai.

Les négociations entre la Commission européenne, la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international (FMI) «se poursuivent», a déclaré M. Van Rompuy au cours d’une conférence de presse en marge d’un sommet Japon-UE. «Elles sont sur la bonne voie et il n’est pas question de restructurer la dette», a-t-il affirmé, rejoignant le point de vue exprimé par plusieurs autres dirigeants européens ces derniers jours.

■ Annoncé cette nuit: un sommet exceptionnel de la zone euro

La réunion de l’Eurogroupe le 10 mai, au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement sera sans précédent depuis le tout premier sommet de ce type, qui s’était déroulé à l’automne 2008 à Paris, à l’époque sur la crise financière.

Son objectif sera d’activer le plan d’aide à la Grèce, passant par des prêts de 30 milliards d’euros des pays de la zone euro pour 2010, et de quelque 15 milliards d’euros du FMI, si la Commission européenne et la Banque centrale européenne confirment que la requête d’Athènes est bien justifiée.