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Les supporters de «Monnaie pleine» rêvent du même débat animé que pour le RBI

Les rares supporters romands affichent des profils très contrastés. Certains espèrent déclencher un débat semblable à celui sur le revenu de base inconditionnel, suivi de près à l’étranger

Le scrutin du 10 juin se fera sous observation internationale. Il servira de laboratoire à plusieurs mouvements européens similaires à celui qui est derrière l’initiative «Monnaie pleine». Celle-ci n’est pas sans rappeler un autre projet qui, lui aussi, avait quelque chose d’utopique: le revenu de base inconditionnel (RBI), rejeté par 77% des votants en 2016. Le RBI avait déclenché un véritable débat de société. Les avocats de «Monnaie pleine» rêvent de stimuler la même discussion publique autour de la sécurité de l’épargne. Mais ce sera difficile. «Lorsque nous nous adressons à des groupes d’étudiants, ça fonctionne. Mais le grand public, lui, ne se déplace guère», constate le coordinateur romand, Jean-Marc Heim.

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La comparaison s’arrête là. Certes, plusieurs partisans de l’initiative, comme l’économiste vaudois François de Siebenthal ou les conseillers nationaux de gauche Ada Marra (PS/VD), Lisa Mazzone (Verts/GE) et Denis de la Reussille (POP/NE), soutiennent «Monnaie pleine» comme ils ont défendu le RBI. Mais le comité d’initiative est divisé. Certains de ses membres ont jugé le RBI sans avenir, contrairement à «Monnaie pleine».

 

Au départ, le comité était composé de 13 personnes, dont trois Romands: François de Siebenthal, le fiscaliste yverdonnois Thomas Jenni et l’enseignant valaisan Pierre Dimitri Mottier, engagé dans l’Eglise orthodoxe russe. Les deux derniers ne s’engageront pas beaucoup dans la campagne. «J’ai décidé de soutenir l’initiative parce que j’en avais marre de voir les grandes banques demander de l’aide lorsqu’elles allaient mal et faire ensuite n’importe quoi avec les milliards perçus indûment», commente Thomas Jenni. François de Siebenthal, candidat controversé au Conseil d’Etat vaudois en 2003 et catholique-chrétien convaincu, se montre plus actif et compte sur l’appui d’actionnaires critiques de la BNS qui pensent que la réforme de la création de monnaie est «le seul moyen de sauver les banques».

Une galaxie internationale

Pour porter la campagne, les initiants ont créé une association apolitique, Modernisation Monétaire (MoMo). Jean-Marc Heim en est le porte-voix romand, alors que François de Siebenthal n’est que «sympathisant». MoMo fait partie d’une galaxie mondiale, l’International Movement for Monetary Reform (IMMR), qui a des ramifications dans plusieurs pays, en Allemagne (Monetative), en Grande-Bretagne (Positive Money) ou en Espagne (Dinero Positivo).

Il y a des interactions entre ces mouvements. Des membres de Monetative et de Positive Money font partie du conseil consultatif de MoMo. Chaque organisation a publié sur son site un appel de fonds pour soutenir la récolte de signatures en Suisse. «L’initiative a besoin d’un large soutien, aussi en provenance d’Allemagne, car son succès en Suisse donnera de nouvelles impulsions dans le débat en Allemagne», lit-on sur la page internet de Monetative. Selon Raffael Wüthrich, membre du comité de campagne, seuls quelques milliers d’euros ont alimenté la caisse du comité d’initiative. En France, l’Institut Pomone se prépare à organiser un débat autour du projet suisse à Paris.

L’idée d’une initiative populaire est venue de Hansruedi Weber, instituteur à la retraite et président de MoMo, après la crise financière de 2008-2009. C’est le professeur de droit saint-gallois Philippe Mastronardi qui a rédigé le texte. Mais l’esprit du sociologue allemand Joseph Huber plane sur le débat suisse. Le chercheur de Halle est sans doute celui qui a le plus réfléchi à cette thématique. Il est membre des conseils consultatifs de Monetative et de MoMo.

Les partisans sont peu nombreux pour le moment. François de Siebenthal compte sur le congrès-débat qu’il organise le 21 avril à Etoy pour en attirer d’autres. Il se montre optimiste: «Le PS genevois, les Verts genevois (ndlr: et tessinois) et le MCG ont décidé de soutenir l’initiative. Nous allons gagner», veut-il croire.

Dossier
«Monnaie pleine», un débat singulier

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