Arrêts de travail impromptus, restructurations et modernisations sont à l'ordre du jour en Belgique. Depuis plusieurs semaines, les mauvaises nouvelles s'amoncellent sur le front de l'emploi. Les groupes qui annoncent des réductions d'effectifs ne sont pas des multinationales cherchant à accroître leur «share holder value» sous la pression des fonds de pension internationaux, mais des entreprises publiques, majoritairement entre les mains de l'Etat.

La Poste a ouvert le bal en décembre dernier. La direction et les syndicats ont signé un plan social se traduisant par le départ de 13 000 des 44 000 salariés. En contrepartie, des embauches sont prévues, mais leur nombre n'est pas précisé. «Cela se limitera sans doute à quelques centaines, dans des postes pointus», avance un observateur.

Electrabel a suivi. La compagnie belge d'électricité est, il est vrai, passée à 100% dans le secteur privé. Mais elle conserve une mission de service public et reste suivie de près par les pouvoirs publics. Le mois dernier, elle a publié un plan de restructuration prévoyant une réduction de 2000 emplois. Depuis plusieurs jours, Belgacom est entré en piste. Selon diverses indiscrétions, l'opérateur traditionnel envisage de se séparer de 4000 à 5000 de ses 22 700 salariés, dans le cadre d'un plan de modernisation visant à recourir au maximum aux nouvelles technologies. Après avoir, dans un premier temps, nié ces chiffres, Piet van Speybroeck, porte-parole de Belgacom, reconnaît «qu'ils ont été évoqués dans un document». Mais il ajoute: «Ce n'est qu'un des scénarios possibles.» «Hors de question», a répondu Laurette Onkelinx, ministre de l'Emploi du gouvernement fédéral qui détient 50% plus une «action en or» dans Belgacom, disposant ainsi d'un droit de veto.

Mais la situation la plus critique est sans conteste celle de Sabena. La compagnie nationale, filiale à 49,5% de SAirGroup et à 50,5% de l'Etat doit se séparer de 700 des 9000 salariés dans le cadre d'un plan de sauvetage qui doit être approuvé ce jeudi au cours d'une assemblée générale des actionnaires. Après plusieurs semaines de bras de fer, les syndicats avaient finalisé un accord avec la direction prévoyant notamment des mesures de préretraite. Hier, les pilotes ont lancé une grève sauvage d'une demie journée pour obtenir des avancées. Vers le milieu de la journée, ils ont repris finalement le travail. Si chacune de ces entreprises doit faire face à des problèmes propres à son secteur, celles-ci n'en payent pas moins la facture de la fin des monopoles. Jusqu'à récemment, ces entreprises disposaient d'une clientèle captive. Mais la libéralisation des marchés a bouleversé la donne. Plus productives, les entreprises privées et certains concurrents étrangers qui s'apprêtent à investir la Belgique constituent un danger, pense-t-on dans les groupes concernés. Tel est en tout cas l'avis d'Anne Vincent, du Crisp, le Centre de recherche et d'information sociopolitique. «Le secteur public est confronté à des échéances très proches et il considère que pour maintenir sa rentabilité à court terme, il doit agir vite. Il estime qu'il n'a pas d'autre choix que d'agir sur les coûts fixes les plus malléables, la masse salariale.» Ces groupes n'auraient-ils pas pu prendre des mesures plus tôt et plus échelonnées, au lieu d'agir sous la pression? «Sans doute, reprend Anne Vincent, mais il aurait dû le faire à la demande de l'actionnaire. Or, l'Etat belge est plus faible que, par exemple, l'Etat néerlandais qui, lui, a modernisé ses services publics dès les années 80/90.» Enfin, la multiplication des lieux de décision a également joué un rôle. «La Flandre a créé Telenet, un réseau de transfert des données qui a en quelque sorte concurrencé Belgacom, jugée à l'époque en retard dans ce domaine.» Reste une troisième raison: les privatisations. «Belgacom veut se faire la plus belle possible pour se marier… sur le dos des travailleurs», s'insurge Laurette Onkelinx. «Pour trouver des repreneurs, l'Etat doit céder des entreprises atteignant un niveau de rentabilité en ligne avec les standards des autres pays», répond Anne Vincent.