Pharma

En surcapacité, Novartis taille 16% de ses effectifs en Suisse

Le géant bâlois veut supprimer 2150 postes sur quatre sites d’ici à 2022, et 25 000 au niveau mondial. Son directeur évoque l’expiration des brevets et un appareil industriel inadapté au nouveau paradigme pharmaceutique

Il fallait sortir sa calculette mardi matin. Le géant pharmaceutique bâlois Novartis annonce la «suppression planifiée d’environ 1000 emplois» dans la production de ses médicaments d’ici à 2022, à Bâle, Schweizerhalle (FR), Stein (AG) et Locarno (TI), selon son communiqué.

Mais pour arriver à ce total de 1000 postes supprimés, la multinationale a décompté 450 postes «susceptibles» d’être créés sur son site de production de thérapies cellulaires et géniques à Stein. Soit une réduction «brute» de 1450 postes. A laquelle il faut ajouter la disparition de 700 postes dans ses «activités managériales et transactionnelles» pour la même échéance.

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Le «truc de Novartis»

«Jouer avec les chiffres, c’est le truc de Novartis», ironise Christian Gusset, représentant syndical chez Unia. Le responsable du secteur pharma n’a appris la nouvelle «choc» que mardi matin avec les employés, mais il a aussi fait ses propres calculs. Conclusion: 2150 postes supprimés.

«Le niveau de qualification sera très différent sur le nouveau site de Stein, s’inquiète le syndicaliste. Il faut que la Confédération et les cantons touchés s’engagent avec le personnel et les partenaires sociaux pour pousser Novartis à prendre ses responsabilités sociales. D’autant que le marché suisse des primes maladie est en perpétuelle croissance.»

Mardi, l’essentiel pour le groupe aux 49 milliards de dollars de chiffre d’affaires était bien de convaincre de son «solide engagement» envers le pays qui accueille son siège mondial, mais qui représente «moins de 2% de ses ventes». Dans son annonce, il a affirmé dépenser 3 milliards de dollars par an en recherche et développement et s’est engagé à maintenir en Suisse 10% de ses 125 000 postes dans le monde. Ils étaient 12 800, avant restructuration.

Réajustement mondial des «unités»

Si Novartis évoque un pourcentage, c’est que le nivellement pourrait bien se faire par le bas. Quelque 25 000 postes devraient être supprimés, dans le cadre d’une vaste restructuration pilotée, depuis février, par Vas Narasimhan, directeur opérationnel issu du sérail du groupe. Des «réajustements d’unités» ont déjà été communiqués aux Etats-Unis, au Japon ou au Royaume-Uni où Novartis a annoncé, également mardi, la fermeture de son usine de Grimsby, laissant près de 400 personnes sur le carreau.

Mais il n’y a pas que la production qui soit touchée. Novartis avait lancé en 2014 un programme visant à réorganiser ses activités de services liées à la vente de médicaments, en les concentrant sur cinq hubs: Dublin (Irlande), Hyderabad (Inde), Kuala Lumpur (Malaisie), Mexico (Mexique) et Prague (République tchèque).

Novartis a distribué 11,765 milliards de dollars à ses actionnaires l’année dernière. Mais sa marge opérationnelle de 26,9% (la direction vise 35%) est désormais menacée par la hausse des coûts de développement de nouveaux médicaments. La précédente direction, menée par Joe Jimenez, avait déjà lancé en 2016 un programme visant à doper la profitabilité en économisant un milliard de dollars par an sur le réseau de production d’ici à 2020.

Expiration de brevets phares

En conférence téléphonique, Vas Narasimhan s’est inscrit mardi dans cette continuité. L’ex-médecin chef du groupe a aussi souligné que l’expiration des brevets sur ses médicaments Diovan (hypertension et insuffisance cardiaque) ou Glivec (certaines leucémies) avait provoqué une chute des volumes et conduit à une surcapacité de production. Comme ses concurrents britannique GlaxoSmithKline ou danois Novo Nordisk, Novartis cherche désormais à se concentrer sur un nombre réduit de médicaments spécialisés et personnalisés plutôt que sur de grandes séries.

Début septembre, Novartis avait déjà annoncé son intention d’installer à Genève sa division ophtalmologique Alcon, qu’elle scindera du reste du groupe afin que les deux entités «se concentrent sur leur croissance respective». Novartis cherche aussi à vendre sa division de médicaments génériques aux Etats-Unis pour se «focaliser sur des secteurs à plus forte croissance».

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Mais le groupe fait savoir qu’il ne se contente pas de désinvestir. Ces cinq dernières années, il revendique des investissements portant sur plus d’un milliard de dollars afin d’adapter ses sites suisses de production à l’évolution de son portefeuille de médicaments. Après avoir obtenu l’aval des autorités européennes quant à l’utilisation de Kymriah, il a annoncé fin août investir 90 millions de francs à Stein où il entend le produire. Aux Etats-Unis, ce traitement pionnier qui se sert des cellules des patients pour combattre certains types de leucémie a déjà un coût: 475 000 dollars.

Après avoir été chahutée ce printemps, l’action de Novartis affiche une hausse de 14,5%, à 82,90 francs, depuis fin juin. Mardi, en milieu d’après-midi, elle pointait à +1,3%.

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