Le rally des quatre derniers mois pourrait révéler une tendance de long terme: la surperformance des marchés émergents par rapport aux marchés développés.

De 2001 à mai 2008, les marchés émergents ont surperformé les marchés développés de plus de 15% par an. La sous-performance, au second semestre 2008, a été brutale, mais elle n’a fait que refléter la remontée brutale de l’aversion pour le risque et la crise de liquidité post-Lehman. Depuis, se dessine à nouveau une nette surperformance des émergents, qui pourrait bien s’avérer pérenne. Les pays émergents sont désormais mieux armés pour résister à la récession profonde du monde développé et à la chute des financements extérieurs. Leur vulnérabilité financière s’est réduite grâce à de meilleurs fondamentaux macroéconomiques: en moyenne, leur solde courant est positif, leur dette publique est inférieure de 40% à celle des pays développés, et leur inflation inférieure à 10%. Surtout, la plupart des pays sont aujourd’hui capables de mener des politiques monétaires et budgétaires contra-cycliques. Il faut bien s’y résoudre: l’essentiel de la croissance mondiale, dans les années à venir, nous viendra de la consommation dans les pays émergents, sauf à supposer des innovations majeures tant technologiques qu’organisationnelles dans les pays développés. La thèse du découplage de la croissance, un temps discréditée par la phase de sous-performance, regagne en crédibilité. Les dernières prévisions de la Banque mondiale montrent un écart de 5,6 points de croissance entre les pays émergents et les pays développés en 2009, un écart en ligne avec la moyenne depuis 2002. Cet écart coïncide avec le début du rerating des marchés émergents. Tous les émergents ne seront naturellement pas logés à la même enseigne. Différentes stratégies, tant quantitatives que discrétionnaires, peuvent être mises en œuvre pour capter au mieux le potentiel des marchés émergents. Des pays combinent une valorisation relative attractive, un bon potentiel de croissance et un niveau de risque politique et macro-financier modéré, comme la Turquie ou l’Indonésie. Dans une optique plus offensive, des stratégies quantitatives ont également leur place. Une nouvelle génération d’indices gérés permet d’approcher les émergents de manière plus tactique. L’indice Exane Emerging Markets, basé notamment sur les révisions bénéficiaires des analystes et les écarts de valorisation relative, a ainsi réalisé une performance similaire à celle de l’indice MSCI Em. Markets pendant le krach de l’automne 2008 et surperforme de près de 10% depuis le début du rally. Une stratégie plus défensive consiste à se reporter au Chili ou à la Malaisie.

Une correction est probable à court terme. Mais les marchés actions émergents restent incontournables à moyen-long terme. Avec une croissance plus élevée que les pays développés, une progression des bénéfices plus forte, un risque en recul, des valorisations plus intéressantes et des méthodes d’investissement plus affinées, il convient de surpondérer les marchés actions émergents dans les portefeuilles de façon structurelle. A long terme, les standards d’allocation d’actifs pourraient être considérablement remis en cause, au profit des émergents.

*Senior Economist, Exane Derivatives.

La thèse du découplage de la croissance, un temps discréditée, regagne en crédibilité