A la surprise des analystes, Lindt & Sprüngli se renforce aux Etats-Unis

Stratégie La société zurichoise s’empare au prix fort des pralinés de «Forrest Gump»

Le groupe débourse plus d’un milliard de francs pour acquérir Russell Stover Candies

Tout a débuté en 1923 à Denver, dans la cuisine d’un bungalow, ces maisons pavillonnaires américaines. De là, Clara et Russell Stover ont commencé à concocter leurs premiers chocolats. La même année, ils ouvraient une boutique. Avec, le premier jour, un chiffre d’affaires de 90 dollars. Nonante et un an plus tard, Russell Stover Candies s’est mué en un géant régional du chocolat et des pralinés, avec des ventes estimées à 600 millions de dollars. Toujours resté indépendant jusqu’ici, le confiseur américain s’est vendu lundi au groupe suisse Lindt & Sprüngli (L&S).

Cette acquisition est «la plus grande et la plus importante sur le plan stratégique» pour le chocolatier suisse et lui permet d’être présent sur la globalité du territoire américain, avec ses marques Lindt et Ghirardelli ainsi que celles acquises, Russell Stover et Whitman’s, selon un commu­niqué de presse. Le montant de la transaction, qualifiée de défensive par les experts, n’a pas été ­dévoilé mais est estimé, de l’avis d’analystes, entre 1,2 et 1,4 milliard de dollars. Sur cette base, la banque Safra Sarasin a jugé que le rachat n’était «pas à proprement parlé une bonne affaire» au vu des ventes de Russell Stover et de sa marge EBITDA, estimée à 10% (17,5% pour L&S en 2013). C’est plutôt cher, a renchéri Helvea, qui s’attendait davantage à un achat dans les pays émergents plutôt qu’à un renforcement aux Etats-Unis, où L&S est déjà fortement actif. La société zurichoise a tou­tefois indiqué qu’elle ne voyait pas de possibilités d’achat com­parables en Asie ou en Amérique du Sud.

Quoi qu’il en soit, Lindt & Sprüngli s’empare du plus im­portant fabricant américain de boîtes-cadeaux de pralinés et de chocolats saisonniers (Saint-Valentin, Pâques, Noël, etc.) et de ses 2700 salariés. Peu connu en Europe, c’est une institution outre-Atlantique, notamment rendue célèbre par le film Forrest Gump, en 1994, dans lequel Tom Hanks compare la vie à une boîte de chocolats, «car on ne sait jamais sur quoi on va tomber». Ses produits sont disponibles dans plus de 70 000 points de vente et l’entreprise exploite également un réseau de quelque 35 magasins en propre, qui se concentrent pour la plupart dans des Etats du centre des Etats-Unis.

Pour Lindt & Sprüngli, cette ­reprise lui permet d’asseoir sa troisième position aux Etats-Unis, derrière Mars et Hershey mais devant Nestlé. Selon les données de Bloomberg, le groupe zurichois détient désormais 7,9% de ce marché et renforce son leadership dans le segment haut de gamme. Mars et Hershey contrôlent ensemble plus de la moitié du gâteau nord-américain.

La famille Ward, qui a racheté dans les années 1960 le confiseur à Clara et Russell Stover, avait mis en vente la société plus tôt cette année. Elle a notamment mandaté la banque d’investissement Goldman Sachs pour trouver un repreneur. Plusieurs sociétés d’investissement ainsi qu’Hershey et Godiva auraient fait part de leur intérêt, d’après le Financial Times.

Lindt & Sprüngli va maintenir le siège de Russell Stover à Kansas City. Le groupe a aussi l’intention «d’optimiser les sites de production existants». La transaction est financée par le biais des liquidités nettes du groupe basé à Zurich et d’emprunts bancaires. La croissance de Russell Stover s’est toutefois révélée inférieure à celle de L&S ces dernières années, estime Helvea, et la transaction va peser sur les marges, ajoute Safra Sarasin. Au cours des deux dernières décennies, les ventes de Lindt & Sprüngli en Amérique du Nord ont explosé. Alors qu’elles s’affichaient à 30 millions de francs en 1992, elles devraient dépasser 1,5 milliard de dollars en 2015.

Parallèlement à l’acquisition du jour, le chocolatier zurichois a annoncé une croissance organique de ses ventes de 9,2% en monnaies locales au premier semestre. Le chiffre d’affaires est lui ressorti à 1,2 milliard de francs, soit une hausse de 6%. Pour l’ensemble de l’année, le chocolatier a confirmé tabler sur une progression organique du chiffre d’affaires de 6 à 8% et sur une hausse de la marge EBIT de 20 à 40 points de base.

Le chocolatier zurichois a accru ses ventes de 9,2% en monnaies locales au premier semestre